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Dans le cadre
du GATT, puis des négociations de l’OMC, les
droits de douane pour les produits industriels ont disparu, et la concurrence
joue maintenant à plein : la mondialisation est ici une réalité.
Mais quid de l’agriculture ? Le cycle de négociations en cours,
ou cycle de DOHA, butte sur le protectionnisme des pays riches. Les
pays du tiers-monde, producteurs agricoles, leur reprochent les droits
de douane, mais aussi les subventions à la production et à l’exportation.
Sont concernés aussi bien les Etats-Unis que l’Union
européenne ou le Japon. Ils empêchent les pays pauvres de vendre leurs
produits et freinent leur développement. La prochaine
rencontre des 148 pays membres de l’OMC en
décembre à HongKong menaçait d’aboutir à un fiasco à cause de cette
question agricole. Or les Etats-Unis viennent de faire un geste significatif.
Robert PORTMAN, représentant américain au commerce, vient de reprendre
l’initiative en annonçant que Washington était prêt à accepter une baisse
de 60% sur 5 ans des aides internes qui faussent le plus les échanges
mondiaux et sont dénoncées par les pays en développement. De plus, il
a aussi réclamé une baisse de 55% à 90% des droits de douane sur les
produits agricoles et l’élimination des subventions aux exportations
agricoles pour 2010. En trois phases successives, toutes les catégories
de subventions agricoles et de droits de douane devraient être supprimées
d’ici 15 ans. En contrepartie,
les USA demandent à l’Europe et au Japon de diminuer de 80% les aides
internes à l’agriculture. Pourquoi ce chiffre plus élevé que les 60%
Américains ? Parce que « les aides européennes internes qui
faussent les échanges sont trois fois plus élevées que les nôtres. Nous
attendons que l’Union européenne les coupe à hauteur de 80% », puisqu’elles
sont les plus élevées. « Ceux qui subventionnent le plus doivent
réduire le plus ». Cette proposition,
qui n’est, bien entendu, qu’une base de négociation, a aussitôt débloqué
la situation en obligeant l’Union européenne
à faire des propositions équivalentes. C’est pourquoi elle a proposé
de réduire de 70% ses aides internes à l’agriculture, ce qui serait
déjà un bon début. Les Etats-Unis ont, indiscutablement, repris la main
dans cette affaire et obligé leurs partenaires à bouger. Une même exigence
a été formulée à l’égard du Japon. En revanche, les Européens ont un
retard sensible sur les Américains sur un autre point essentiel, celui
des barrières douanières destinées à protéger les agriculteurs. Mais
si l’Europe prétend, comme elle le dit, vouloir aider le tiers-monde,
il faudra bien que là aussi elle mette de l’eau dans son vin. Tout en considérant
qu’il faut aller plus loin et que les négociations ne font que commencer,
les pays du tiers-monde ont dans l’ensemble bien réagi aux propositions
américaines et veulent utiliser, dans une situation de véritable concurrence,
leurs avantages comparatifs. Mais il leur faudra, eux aussi, réduire
leurs mesures protectionnistes. On ne peut en
dire autant de la position d’un certain nombre de pays européens, dont
la France, qui trouvent que le commissaire européen au commerce, Peter
MANDELSON, est déjà allé trop loin dans les concessions. Et la France
a pris la tête d’une coalition pour demander à la Commission de défendre
la « préférence communautaire ». Jacques CHIRAC a écrit à
Juan Manuel BARROSO pour lui signifier son inquiétude. Finalement, Paris
a obtenu une réunion extraordinaire des ministres des affaires étrangères
européens pour vérifier si le Commissaire n’avait pas dépassé les termes
de son mandat dans la négociation. Pour aider le Tiers Monde, la France n’envisage que des aides publiques au développement, ce qui ne répondent pas aux attentes des pays pauvres sur la question agricole, attachés à trois points : les subventions internes, les conditions d’accès au marché et le niveau des aides à l’exportation. Sur ces points, il faudra bien que la France -et les autres européens- choisissent entre le lobby des agriculteurs et les intérêts des pays pauvres. Ces intérêts convergent d’ailleurs avec ceux de la population européenne. Le commerce international, une fois libéré, bénéficiera finalement à tous, acheteurs comme vendeurs, producteurs comme consommateurs. La clientèle électorale des paysans vaut-elle le sacrifice de la justice et de la prospérité ?
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