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Nous suivons avec délectation le feuilleton
budgétaire. Cette semaine l’inspecteur BRETON va-t-il découvrir quelque
chose ? Point du tout : il est au contraire confronté à un mystère,
qui est celui de l’addition : comment en additionnant des déficits
plus lourds débouche-t-on sur un déficit global plus léger ? Cette année 2005, le solde du budget de l’Etat se creuse, passant de 45,2 milliards d’euros à 46,8 milliards. Pendant ce temps le déficit de la sécurité sociale est toujours aussi élevé (10,1 milliards l’an prochain contre 12,9 milliards cette année). Enfin, les dépenses des collectivités locales explosent, notamment dans les régions. De l’autre coté, celui des recettes 2006, il n’y aura plus la fameuse soulte de 7,7 milliards d’euros versée cette année par EDF au budget. Tout cela va dans le même sens. Voilà bien le mystère : en dépit de tous ces éléments négatifs, le déficit public devrait se réduire à 2,9% , passant pour la première fois depuis quatre ans en dessous de la fameuse barre de 3%. Nous suggérons cependant plusieurs pistes. Première piste, que nous avons déjà évoquée : les prévisions gouvernementales en matière de croissance sont fantaisistes et largement surestimées : l’hypothèse qui sous-tend le budget, c’est 2,25% de croissance. On sera un point en dessous. Or surestimer la croissance, c’est évidemment surestimer les rentrées fiscales. La réalité sera donc moins rose que celle que décrit le gouvernement et nous serons au dessus des 2,9% de déficit, parce que les rentrées fiscales qui permettraient d’afficher un « bon résultat » sont illusoires. Deuxième piste: le gouvernement minimise dans ses prévisions le déficit global des régimes sociaux, qu’il évalue à 3,9 milliards, soit 0,2 % du PIB. Or si la sécu a un déficit de 10,1 milliards, ce qui suppose une maîtrise bien discutable des dépenses de santé, il ne faut pas oublier 3,2 milliards de déficit du fond de solidarité vieillesse et de celui des exploitants agricoles. Mais pour le gouvernement tous ces déséquilibres devraient être compensés par des excédents importants des régimes complémentaires de retraite (Agirc, Arco et non salariés non-agricoles). Et pour faire bonne mesure le gouvernement prévoit un excédent de l’Unedic, l’assurance-chômage. Toutes hypothèses bien optimistes et bien discutables. Troisième piste : pour minimiser le déficit des comptes sociaux, le gouvernement a inscrit une « provision pour soulte » de 2 milliards d’euros, qui seraient versés aux régimes sociaux par la Poste, mais aussi par la Banque de France et la Chambre de commerce et d’industrie de Paris. Pourquoi ? Comme pour EDF cette année, au titre de l’intégration ou de l’adossement de leurs régimes de retraite à celui des salariés du privé. Cette soulte serait la contrepartie de cette intégration. Petit détail : le gouvernement a omis d’en informer les entreprises intéressées et les négociations n’ont même pas encore commencé. Mais le résultat final des négociations (2 milliards) est, lui, inscrit dans les comptes publics. C’est la façon dont l’Etat comprend la négociation : il en donne le résultat par avance. Et en toute hypothèse l’amélioration des comptes ne sera que provisoire, puisque la soulte sera compensée dans le futur par le paiement effectif des retraites. Voilà pourquoi, grâce à ces trois manipulations, le déficit des comptes publics est très exactement prévu à 2,9%. De quoi contenter Bruxelles. Mais Bruxelles, à notre avis, sait compter aussi bien que nous et ne s’en contentera pas. Ces astuces comptables – nous en avions vu d’autres il y a deux semaines (« Un budget en trompe l’œil »), mais on en découvre tous les jours de nouvelles en scrutant ce budget- n’auront qu’un temps et la vérité des chiffres éclatera tôt ou tard, au moins en 2006. Décidément, ce budget 2006 est vraiment passionnant : un vrai « thriller ».
Le 27 Octobre 2005
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