UN BUDGET EN TROMPE L’ŒIL



Nous avions dit il y a quinze jours ce que nous pensions du projet de budget présenté par le ministre de l’économie : des hypothèses irréalistes, un déficit égal à 3% du PIB, des dépenses en hausse du montant de l’inflation, alors qu’il faudrait les diminuer. Mais une étude plus attentive montre que ces chiffres sont faux, purement et simplement. Seule des manipulations comptables permettent de faire rentrer ce budget dans le moule des déficits.

Le Monde, qui apporte des informations irréfutables sur ce point, titre : « De nombreuses astuces comptables enjolivent le projet de loi de finances pour 2006 ». Mais il n’y a pas que Le Monde qui le dit. Fait inhabituel, Michel DEPPLER, Directeur Europe du FMI, est lui-même monté au créneau pour affirmer qu’il n’avait pas confiance dans la communication de Bercy : « Selon les informations à notre disposition, nous avançons des chiffres très différents. Pour nous, le déficit français sera équivalent à 3,5% du PIB en 2005 et à 3,7% en 2006 ».

Le Monde relève quelques unes des astuces comptables utilisées. Du côté des dépenses, officiellement, elles progressent de 1,8% en valeur, c'est-à-dire du niveau prévu de l’inflation, soit 0% en volume. C’est sûrement déjà trop. Mais ce n’est pas la vérité. Les allégements de cotisations sociales de la loi FILLON sont désormais comptabilisées non plus en dépenses, mais en moindres recettes, ce qui fait que le surcoût de 1,8 milliard pour 2006 n’affecte pas la norme de progression des dépenses. Sans cette astuce, elles auraient progressé de 0,5% de plus.

Des mesures de débudgétisation sont utilisées : 4 milliards d’euros de dépenses d’infrastructures devraient être financées par les recettes de privatisation des autoroutes, ainsi que 1 milliard pour la recherche et 0,1 milliard pour le patrimoine culturel. Au total, les dépenses en volume progressent de 2% et en valeur de 3,8% : on est loin de la norme 0.

Pour les déficits, « les chiffres annoncés ont aussi été enjolivés ». Pour 2005, on annonce un déficit de 3% (c’est la norme maximale autorisée par Bruxelles). Mais la tendance actuelle est de 3,4% et elle aurait même été de 3 ,9% s’il n’y avait eu la fameuse soulte versée par EDF, ce qui est un artifice. Pour 2006, le budget prévoit 2,9% de déficit. Mais selon les services mêmes du ministère, on devrait être à 3,5 ou 3,6%, plus encore selon le FMI. On attend deux nouvelles soultes pour masquer cette dérive, l’une de La Poste, l’autre de la RATP, mais on a omis de consulter les PDG des entreprises concernées et cette banalisation des entreprises est restée secrète pour ne pas fâcher les syndicats : le gouvernement a assez à faire avec la SNCM !

Enfin, les prévisions pour la dette publique sont aussi sujettes à caution. Le gouvernement annonce que 10 milliards d’euros de recettes de privatisations seront affectées à la réduction de la dette. Oui, mais voilà, on vient de dire par ailleurs, comme nous l’avons vu ci-dessus, que ces recettes de privatisation serviront à couvrir certaines dépenses : elles ne sont pas magiques et ne peuvent servir deux fois dans le même budget ! Voilà qui est pour le moins étrange. Donc la dette progressera plus que ne l’indiquent les chiffres officiels.

Officiellement, la dette publique passera de 65,8% du PIB à 66% en 2006 : il n’y a déjà pas de quoi se féliciter, puisque nous sommes bien au dessus du chiffre autorisé par les traités européens (60%). Oui, mais pourquoi Bercy a-t-il transmis à Bruxelles ces derniers jours une évaluation supérieure à 66% ? Vérité en deçà de la frontière belge, erreur au-delà !

Au demeurant, tout repose sur des hypothèses extrabudgétaires totalement fantaisistes. En particulier, dans les déficits et la dette publique, il faut aussi considérer le déficit de la Sécurité Sociale. Bercy prend en compte pour 2006 un déficit de 8,9 milliards. Personne ne croit sérieusement à cette hypothèse, puisque la Sécu est en pleine déconfiture.

Conclusion du Monde : en fait, Bercy estime, officieusement, qu’une nouvelle hausse de 1 point de PIB de la dette est probable. Mais cela, il est hors de question de l’admettre publiquement, puisque Thierry BRETON nous tient un langage de rigueur en répétant inlassablement que « la France vit au-dessus de ses moyens ». On ne saurait donc accroître les déficits et la dette. Il est vrai que, quand les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites…

Le 19 Octobre 2005

 

 

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