QUAND LA FISCALITE TUE LE MARCHE DE L’ART



« L’art n’a pas de patrie », dit-on. Mais ceux qui achètent et vendent des oeuvres d’art en ont une. Voici un rapport fort instructif publié par Pierre LELLOUCHE pour la délégation pour l’Union européenne, sous le titre « La lente agonie fiscale du marché européen de l’art ». Le problème est fort simple : pourquoi de nombreuses œuvres d’art se délocalisent-elles aux Etats-Unis et dans une moindre mesure au Royaume-Uni ? Parce que la fiscalité est impitoyable en Europe continentale, tout simplement.

Les chiffres sont éloquants : les Américains représentent 46,95% du marché mondial de l’art, en hausse de 7% entre 1998 et 2001. Les Européens (les 15) 42,46%, en baisse de 7,2% dans la même période. Et encore faut-il traiter à part la Grande-Bretagne, avec 25,28% à elle seule (plus de la moitié du marché des 15), en hausse de 1,6%. A titre de comparaison, le marché français ne représente que 7,58% du total, en baisse de 20,8%.

Les Français -et les autres Européens- n’aimeraient-ils plus les œuvres d’art ? Bien sûr que non. La réponse est plus simple. C’est « la lourdeur de la fiscalité et de la réglementation ». La TVA à l’importation pratiquée par certains pays représente un véritable droit de douane de 5,5% en France, parfois plus ailleurs (12% en Suède). Résultat, le montant des importations venant des pays tiers a diminué. De plus, ce taux passe en France à 19,6% dès qu’il s’agit par exemple de meubles de moins de 100 ans, ou encore de manuscrits, de pierres, de numismatique, etc. Cela rend quasi-impossible certaines importations.

 

Mais bien entendu si les oeuvres d’art fuient la France, c’est aussi en raison des autres lourdeurs fiscales. Si la France est championne des prélèvements obligatoires, ce n’est pas sans conséquence. Pour beaucoup de professionnels, mais aussi d’acheteurs ou de collectionneurs, cette fiscalité et parafiscalité est « dissuasive pour acheter et conserver des oeuvres d’art dans notre pays ». Il ne sert à rien de se lamenter sur la fuite de notre patrimoine artistique vers l’étranger si tout est organisé pour décourager les Français dans ce domaine. Comme le souligne un commissaire priseur, « les pouvoirs publics ont fait un mauvais calcul » et provoquent la fuite des oeuvres d’art. « Une grosse partie du patrimoine européen est à l’étranger. Avec le maintien d’une fiscalité trop élevée, nous ne reverrons jamais ces œuvres ». Avec le recul du marché de l’art, ce sont les emplois connexes qui disparaissent, en même temps que notre patrimoine. L’Etat, avec beaucoup de constance, détruit un marché pendant longtemps dynamique. Mais il est vrai que pour les socialistes qui nous gouvernent l’art n’est pas objet de marché.

 

 

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