LUC FERRY : « L’EDUCATION ET LA RECHERCHE SONT

UN BIEN PUBLIC »


Le débat sur l’éducation est bien lancé. Jacques GARELLO a apporté sa contribution ici même il y a quinze jours dans une « modeste contribution ». Avant même d’avoir entendu les uns et les autres, Luc FERRY a apporté sa propre pierre, il l’a fait à propos de l’enseignement supérieur, à l’occasion de la réunion à Berlin de 38 ministres européens de l’Education, consacrée aux universités. Luc Ferry accorda une interview pleine d’enseignements à notre confrère Les Echos.

Cette réunion visait à apporter une réponse européenne à la concurrence de plus en plus intense dans le domaine des universités, en particulier avec l’Amérique, et à l’installation de filiales des universités américaines en Europe. On attendait, de la part du ministre français, un discours sur la concurrence, l’excellence, la qualité, la sélection des meilleurs, l’autonomie des universités, leur liberté d’action, etc. Mais c’est un autre discours qui a été tenu. Qu’on en juge par quelques extraits de l’interview des Echos.

Le constat est pourtant bien parti « Les universités sont paupérisées depuis plus de vingt ans. A présent l’effort doit impérativement porter sur les universités ». Mais la suite dérape vite « Avec la mondialisation, nous devons affirmer que les échanges universitaires échappent au modèle commercial et que l’éducation et la recherche sont un bien public et une responsabilité publique ». Le ministre croit-il vraiment que les universités américaines qui viennent nous concurrencer raisonnent en termes de « bien public » ? Mais pour le ministre, la seule solution est d’augmenter les financements publics : « J’ai obtenu l’assurance que le budget de l’enseignement supérieur augmentera l’an prochain. A l’intérieur de cette enveloppe, ce sont les crédits de fonctionnement et d’investissement qui seront fortement majorés ».

Mais ne faut-il pas rendre les universités autonomes (ne parlons pas de privatisation) : « Je poursuis la concertation. Il faut bien comprendre qu’autonomie ne signifie pas désengagement de l’Etat, privatisation ou régionalisation. Au contraire… ». Du moins faut-il laisser les universités libres de leurs tarifs, pour faire face à la concurrence ? Pas du tout. La décision du directeur de l’IEP n’est adaptée qu’à son établissement. « On ne peut pas comparer sciences po Paris, qui est, à tous égards, très privilégié, à une université. Je ne veux pas, cette année, augmenter les droits d’inscription universitaires au-delà du seuil mécanique de 3 à 4%. Mais il faudra bien un jour se poser la question : même si nous refusons le modèle américain avec des droits d’inscription à 15 000 euros, doit-on se contenter d’une augmentation de 3 à 5% par an ? Il faut que les organisations syndicales acceptent d’en débattre. La question à leur poser est : si on revoit le système des bourses pour le rendre plus équitable, accepterez-vous en contrepartie une légère augmentation des droits d’inscription ? » : en clair, il faudra attendre l’accord de l’UNEF pour augmenter légèrement les droits d’inscription ; est-ce comme cela que nous allons gagner la bataille de l’éducation ?

Du moins, ne faut-il pas permettre aux universités de choisir leurs étudiants ? La réponse fuse : « Je ne veux pas de sélection à l’entrée de l’université : le ticket d’entrée doit rester le baccalauréat. S’il n’est pas assez sélectif, qu’on le renforce ! L’échec en premier cycle n’est pas un problème de sélection, mais d’orientation ». Le ministre n’explique pas comment il pourra orienter, donc empêcher l’entrée partout de tous les bacheliers, sans sélectionner.

Voilà le plan de bataille de Luc FERRY pour que la France gagne dans la concurrence internationale du marché de l’éducation : conserver le monopole public, discuter avec les syndicats, et attendre leur feu vert, refuser la sélection, interdire la liberté de financement, bref traiter l’éducation comme un bien public. M. FERRY a donc des idées bien arrêtées. Est-il bien nécessaire de lancer un vaste débat ? Ses idées ne sont pas libérales. C’est son droit. Mais avec un tel programme, pourquoi n’adhère-t-il pas au parti socialiste ?

 

 

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