LE SCANDALE DU PRIX DU LAIT



Si vous êtes politiquement correct, vous devez, comme le Président de la République, dénoncer le scandale qui consiste à ne pas payer aux producteurs de lait un prix suffisant à couvrir leurs coûts, à condamner ainsi des milliers de paysans à la faillite et à l’exode, à laisser ce produit à la merci des caprices du marché et de la rapacité des transformateurs et des distributeurs.

Nous voyons le scandale ailleurs : dans ces milliers de litres de lait déversés sur la voie publique, dans ces millions d’euros versés depuis des années pour protéger les producteurs français contre toute concurrence, dans le retour à la régulation européenne exigé par le gouvernement français.

Les premières victimes de ce scandale sont les consommateurs. Il y a des excédents laitiers, soit. Il y a aussi des excédents de voitures : faut-il fixer à Peugeot et Renault un quota de production ?

Pour l’instant, nos constructeurs cherchent à résorber l’excédent par la baisse des prix. Le consommateur en est satisfait, et le marché se stabilise parce que les producteurs reverront et leurs quantités et leurs modèles et leurs coûts. L’emploi, dans son volume et dans sa qualification, peut progressivement être adapté : il existe bien des activités qui mériteraient de se développer parce que la demande y est plus pressante – le manque de personnel et le niveau des salaires les révèlent. Aucune de ces conséquences logiques n’apparaît dans l’activité laitière, parce que l’Europe, après avoir pendant des années fixé le prix du lait à un niveau artificiellement élevé qui a créé les excédents, s’est mise en tête de diminuer la production en fixant des quotas – au demeurant assez généreux, de sorte que les excédents ont perduré. Quand maintenant on feint de revenir à des quantités et des prix libres, c’est une levée de boucliers.

Les autres victimes de ce scandale sont les peuples les plus pauvres. Le soutien apporté par l’Europe à sa filière laitière empêche toute concurrence véritable des paysans locaux : ils ne peuvent rivaliser avec des producteurs directement ou indirectement subventionnés par les Etats-Unis ou l’Union Européenne. Mais les prix mondialement surélevés privent aussi des millions d’enfants et d’adultes qui n’auront pas la santé voulue pour émerger de la misère.  

Enfin, le scandale est non seulement d’ignorer les lois du marché, du moins quand elles désavantagent les producteurs (on a trouvé normal qu’en 2008 les prix aient fait un bond de 15%), mais encore de rendre le marché responsable du scandale et de revenir à une « régulation ». Notre solution, inspirée par Bastiat : une carte de paysan laitier donnant droit à un revenu mensuel de 4.000 euros, on abattra les vaches, ou on les revendra à des chômeurs trop heureux d’acquérir le statut de paysan laitier, l’un des mieux protégés après celui de cheminot.

Le 30 septembre 2009

   
 

 

Imprimer cette page