BARROSO : REELECTION SANS DEBAT



Sous ce titre, Le Monde publiait à la veille de la réélection de Jose Manuel Barroso une violente diatribe de Daniel Cohn Bendit et Sylvie Goulard, et pour faire bonne mesure la page se terminait sur l’affirmation de Pervenche Bérès (députée européenne du groupe socialiste) : » Barroso n’est pas celui dont les « Européens ont besoin ».

Ces critiques formulées par les verts et la gauche suffisent-elles à classer Barroso parmi les libéraux ? C’est ce que l’on entend assez souvent dans le camp de ses adversaires, qui lui reprochent d’avoir toujours freiné une initiative européenne face à la crise, notamment en rejetant l’idée d’un grand emprunt européen et en laissant chaque gouvernement de l’Union libre de ses propres mesures de relance, là où une relance européenne aurait été nécessaire. D’autre part Barroso aurait totalement ignoré le volet social, se refusant à harmoniser le droit du travail, et à promouvoir le syndicalisme européen. Sur le front de l’écologie, sans doute a-t-il introduit le plan d’économie d’énergie (ce qui lui vaut un satisfecit de Cohn Bendit) mais il n’y a eu aucune suite réelle. L’affaire est entendue : Barroso est un libéral, voire même un « ultra-libéral ».

De notre point de vue « d’ultra-libéraux » nous estimons le compliment exagéré. Certes, José Manuel Barroso a toujours professé sa foi dans le marché et dans la concurrence ; il a eu à plusieurs reprises des positions courageuses face aux Etats qui voulaient tricher avec la loi du marché, en matière de politique agricole, de transports, voire même de fiscalité. A ce jour, Barroso aura été plutôt du côté du libre échange que de celui du protectionnisme. C’est pour avoir tenu tête aux présidents français et aux chanceliers allemands successifs que Barroso peut avoir droit à notre sympathie.

Cela dit, fidèle à ses engagements, Barroso n’a cessé de pousser à la construction d’une Europe supra-nationale. Il s’est engagé dans la bataille autour du traité de Lisbonne et a tout fait pour que l’Irlande revienne sur son vote, et pour que la Pologne et la République Tchèque soient amenées à céder. Le fait qu’il ait évité d’être totalement inféodé aux « grands Etats » et qu’il ait également tenu compte des petits peut être critiqué par les souverainistes. Mais les libéraux n’aiment ni le nationalisme économique ni l’Europe politique. Combattant le nationalisme économique, Barroso a voulu et voudra encore faire avancer l’Europe politique.

Il y aura du mal, compte tenu de divers éléments. Le premier est l’incongruité du Parlement européen, que le nombre et le mode de fonctionnement promettent au chaos ou à la démagogie, ou aux deux, notamment si une fiscalité européenne devait apparaître et se développer. Le second est la paralysie du Conseil des 27 Ministres européens, qui ne se soumettra pas aux diktats d’un triumvirat animé par la France. D’ailleurs que restera-t-il de ce triumvirat après les élections britanniques et, peut-être dès le mois prochain, des élections allemandes ? De la sorte, le jeu européen auquel nous assistons depuis des années a toutes chances de se perpétuer : l’Europe politique progressera avec une lenteur qui nous réjouit. Les libéraux, à la différence de José Manuel Barroso, ne souhaitent pas un gouvernement installé à Bruxelles, Strasbourg ou Francfort, susceptible de mener des « politiques » industrielle, commerciale, fiscale, sociale, ni davantage diplomatique et militaire. Les libéraux se contentent d’une Europe sans frontière, où les Etats sont en concurrence et doivent peu à peu rendre aux Européens les libertés qu’ils leur ont confisquées.

Que les Etats, dans le cadre de leurs missions régaliennes traditionnelles, fassent front commun contre le terrorisme, l’impérialisme du Kremlin, ou la montée des intégrismes, cela n’implique pas une Europe politique. Cela n’implique pas une législation européenne pléthorique, qui pourrait avantageusement être remplacée par le principe de la mutuelle reconnaissance des normes, comme le prévoyait l’Acte Unique en 1985. Cela n’implique pas une monnaie aux mains d’une Banque Centrale Européenne en proie aux pressions incessantes des Etats qui n’aiment pas la rigueur monétaire, et qui veulent faire de l’inflation le mode de remboursement d’une dette qu’ils n’ont cessé d’accumuler.

Tel est en tout cas le projet ultra-libéral pour l’Europe, et on voit bien que Jose Manuel Barroso n’en est pas le porteur.

Le 23 septembre 2009

   
 
  

 

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