LA MONNAIE, MOYEN D'ECHANGE OU INSTRUMENT DE POUVOIR ?



Au-delà du troc

Par rapport au troc, la monnaie a introduit des progrès considérables : elle est un moyen de paiement qui circule au sein d’une communauté élargie, elle permet de proposer et de se procurer tout produit objet de marché, elle facilite le calcul parce qu’elle est étalon de valeur, unité de mesure économique, qui permet d’exprimer le prix relatif d’un produit par rapport à un autre. Enfin, la monnaie est un pont entre le passé, le présent et le futur : elle permet d’utiliser aujourd’hui un pouvoir d’achat acquis hier (fonction d’épargne), et elle permet d’emprunter aujourd’hui un pouvoir d’achat qui ne sera acquis que demain (fonction de crédit).  

La monnaie, un droit social

Instrument d’échange, la monnaie est également issue de l’échange. En acceptant un règlement monétaire pour le produit ou la prestation que je fournis, je renonce à en toucher la contre-partie immédiatement ; je sais que l’argent qu’on me donne représente un pouvoir d’achat que j’utiliserai librement. Avec la monnaie je dispose d’un droit généralisé et intemporel sur l’activité des autres. Mais l’origine et la légitimité de ce droit sont elles - mêmes bien claires : c’est la rémunération d’un service rendu à travers mon activité. La boucle est bouclée : mon activité m’ouvre un droit sur l’activité des autres.

La loi de Say énonce « les produits s’échangent contre des produits », la monnaie n’est que l’intermédiaire qui permet de se rendre mutuellement service. « Rien n’est moins important que la monnaie…quand elle est bien gérée » disait Milton Friedman. 

La gestion de la monnaie

Grand problème en effet que celui-ci. Or, comment la monnaie elle-même est-elle produite ?

Aujourd’hui la masse monétaire n’est pas faite de pièces en or ou en argent (les métaux précieux sont « démonétisés » depuis 1971), mais de billets de banque, émis par les seules banques centrales, et de droits de tirage sur le système bancaire : chèques et autres moyens de paiement bancaires. La monnaie est concrètement faite de créances sur le système bancaire, lui-même sous le contrôle des banques centrales, elles-mêmes sous le contrôle des Etats.

A chaque niveau, une discipline de gestion devrait être respectée : les banques ne s’engageant qu’en contre-partie de ressources de qualité, elles ne pourraient offrir de crédits (et en conséquence donner les moyens monétaires correspondants) qu’à des emprunteurs en mesure de rembourser. Les banques centrales ne pourraient abuser de leur monopole d’émission des billets pour reconstituer les liquidités dont ont besoin les banques « de second rang ». Enfin l’Etat ne pourrait pousser la banque centrale à une émission de monnaie exagérée pour atteindre ses objectifs de politique financière (taux d’intérêt) ou budgétaire (financement des déficits).   

Les faux droits

Quand les titres qui sont dans le portefeuille de la banque sont sérieux, le risque couru par la banque est minime. A l’échéance l’emprunteur aura remboursé son crédit, parce qu’il aura créé une valeur suffisante. Mais dans l’hypothèse inverse, le système aura créé de la monnaie sans contre-partie réelle, il aura distribué de « faux droits » (Jacques Rueff).

L’émission de faux droits dérègle totalement l’économie. Il y a « trop de monnaie chassant après trop peu de biens » (Keynes) : à production nationale équivalente, il y a davantage de pouvoir d’achat distribué et dépensé,  l’inflation apparaît, et les signaux de prix sont brouillés. Les entreprises performantes et les personnes actives sont pénalisées au bénéfice d’emplois artificiels et de personnes indûment assistées. Le chômage est le fruit de ce « mal-investissement ». 

Monopole monétaire contre concurrence des monnaies

Qu’il s’agisse du retour à l’étalon-or, du système de Bretton Woods ou de la règle de Friedman (imposer à la banque centrale un taux constant de croissance de la masse monétaire) les plans de réforme monétaire n’ont pas résisté aux pressions des dirigeants. Depuis des siècles le pouvoir politique s’est toujours érigé en gardien de la monnaie, mais n’a cessé de la ruiner. « Confier la monnaie à l’Etat c’est demander au chat de surveiller la tasse de lait », disait Hayek.

Aujourd’hui les progrès de la communication rendent tout à fait possible le retour à une situation connue jusqu’au XIXème siècle : la banque libre, la régulation monétaire se faisant au niveau micro-économique par des banquiers privés, concurrents, et responsables de leur gestion.

Le 16 septembre 2009

   
 
  

 

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