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Le soixantième
congrès mondial de la Société du Mont Pèlerin a été évoqué par Jacques
GARELLO dans son éditorial de la semaine dernière. Il s’est terminé
dimanche dernier, et il est encore temps de revenir sur quelques aspects
de cette réunion. Sur le thème « technologie et libertés » plusieurs domaines ont été explorés. 1° Le progrès technique et la croissance qu’il accélère menacent-ils la planète ? Comme l’a rapporté Jacques GARELLO, le Président Vaclav KLAUS (en tant qu’économiste membre de la Société, il est d’ailleurs doctor honoris causa de l’Université d’Aix Marseille III) a dénoncé les néo-malthusiens qui au nom d’une illusoire protection contre un non moins illusoire réchauffement de la planète se mettent à réglementer sur toutes choses, et à condamner la libre entreprise et le libre échange. Kevin MURPHY (Université de Chicago) a démontré la pauvreté des prévisions que proposent les écologistes, et notamment de leur estimation des coûts du réchauffement climatique (comme dans les travaux de STERN), lesdits coûts justifiant un impôt carbone de quelque 311 dollars par tonne. Conclusion : la croissance ne menace pas la planète, mais les écologistes et ceux qui les écoutent menacent les libertés individuelles. Ce que nous vivons en France avec Grenelle valide parfaitement cette conclusion. 2° Les biotechnologies menacent-elles l’éthique ? Ici se sont visiblement affrontées deux positions, qui correspondent d’ailleurs à un clivage chez les libéraux : ceux qui font de la liberté un absolu, et ceux qui ordonnent la liberté à la dignité de la personne humaine. Pour les premiers, comme Julian SAVUNESCU (London School of Economics), nulle limite ne peut être prévue ; pour les autres, comme Rafael VICUNA (Université Pontificale du Chili), les savants et chercheurs doivent respecter des normes éthiques. Le recours à des embryons pour obtenir des cellules souches est inutile quand on peut obtenir ces cellules autrement. Angelo PETRONI (Université de Bologne) a posé le problème plus général des relations entre libéralisme et science, sa lecture du message de HAYEK n’a pas été appréciée de tous : le libéralisme deviendrait-il l’allié du scientisme ? 3° Les innovations dans le domaine de la médecine vont-elles introduire la liberté et le marché dans ce qui est aujourd’hui géré par les systèmes publics de santé ? Ces innovations permettent à la fois de donner plus de choix aux patients, et d’abaisser le coût des soins, a expliqué William NISKANEN (Cato Institute). Elles pourraient être encore plus profitables si l’on n’était pas prisonnier de l’assurance maladie obligatoire. La réforme de Medicare et Medicaid est en marche aux Etats-Unis, et le président des conseillers économiques du Président, Edward LAZEAR a présenté les dispositions prévues par l’administration. John GOODMAN (National Center for Policy Analysis) a démontré l’efficacité de la médecine et de l’hospitalisation privées : le marché peut mettre les bienfaits de la technologie au service de tous. 4° Quel impact des nouvelles techniques de l’information et de la communication sur la vie privée des individus ? L’exposé très remarquable de Pedro SCHWARTZ (Madrid) a donné une critique de la « participation démocratique » qui serait devenue possible grâce à Internet ; il a montré les illusions de cette nouvelle démocratie irresponsable et manipulée par des minorités. La vraie démocratie consiste à protéger les droits individuels. De même Tony CURZON-PRICE (Institut pour la Démocratie) a illustré par des exemples concrets les dangers d’irruption des réseaux informatiques dans la vie privée. Big brother nous a à l’œil. 5° Une place à part doit être réservée à l’exposé de Myron SCHOLES (prix Nobel 2004, Stanford) puisqu’il portait sur les dangers des nouvelles technologies financières, sujet brûlant d’actualité. La crise des subprimes a été évoquée, mais la faillite de Lehman Brothers n’était pas encore connue. Myron SCHOLES a fait l’apologie des innovations financières introduites depuis vingt ans, et leur a reconnu le mérite de mettre le crédit à la portée de tout le monde. Mais il n’ignore pas le risque que les techniques actuelles font peser sur les liquidités des institutions financières. Il croit que la gestion des liquidités sera elle aussi améliorée dans le futur en tirant les leçons de la crise actuelle, mais il ne cache pas que la tâche est compliquée par le désordre des politiques monétaires. Sa méfiance à l’égard des interventions de l’Etat dans ce domaine est très grande. Dans le même sens Yoshinori SHIMIZU (Univesité Hitosubashi) dénonce les méfaits de la réglementation mondiale concernant la structure des bilans bancaires (législation dite Bâle II) car pour satisfaire aux critères de cette réglementation, les banques ont dû recevoir de sérieux apports en liquidités de la part des banques centrales. 6° La question la plus riche de conséquences pour le futur était celle-ci : le progrès technique profite-t-il seulement aux pays développés, et ne pénalise-t-il pas les pays pauvres ? Pascal SALIN (Université de Paris) a démonté la thèse de « l’inégalité d’accès à internet » suivant laquelle les pauvres n’auraient pas les moyens de bénéficier des avantages des télécommunications. Il a souligné que cette « exclusion d’internet » n’était en fait connue que pour les pays pauvres qui ne connaissent pas la liberté économique, les autres ont pleinement profité des nouvelles technologies. En élargissant le débat, Gary BECKER (pris Nobel 1992, Université de Chicago) a commenté un récent rapport du Fonds Monétaire International suivant lequel la mondialisation a creusé l’écart entre riches et pauvres, non seulement au niveau des nations, mais aussi à l’intérieur de chaque nation. Il a rappelé trois évidences : - même si les inégalités sont plus prononcées, ceux qui sont les plus pauvres ont connu une amélioration spectaculaire de leurs conditions de vie ; - les inégalités sont dues au niveau de formation des individus considérés; ceux qui ont reçu une meilleure éducation ont pu accéder aux technologies nouvelles et aux niveaux supérieurs de rémunération qu’elles servent ; - puisque le travail plus qualifié donne un avantage incontestable, pourquoi certains pays ne font –ils pas un effort suffisant pour la scolarisation et l’enseignement technique ? Sur cette forte conclusion, les membres de la Société du Mont Pèlerin et leurs invités pouvaient se séparer, non sans avoir élu comme président pour les deux prochaines années l’économiste Deepak LAL, professeur à l’Université de Californie de Los Angeles (UCLA), un grand ami de la France (il réside volontiers du côté de Sainte Maxime) et un invité de l’Université d’Eté de la Nouvelle Economie à deux reprises.
Le 24 septembre
2008
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