VOULEZ-VOUS PRENDRE UN TGV AIR FRANCE ?


Si la France s’enfonce dans l’étatisme, certaines tendances européennes sont heureusement plus libérales. C’est le cas des services publics, désormais tous ouverts à la concurrence, nous en avons parlé la semaine dernière à propos de La poste. Mais les Français n’en ont pas encore mesuré toutes les conséquences. C’est le cas des chemins de fer et de la SNCF.

Le calendrier est connu : en 2009, les régions pourront mettre la SNCF en concurrence pour l’exploitation des TER ; en 2010, libéralisation du transport international de passagers ; 2017, libéralisation totale du transport de passagers. (Le transport de marchandises est déjà libéré). Le mot de libéralisation du « transport international » est ambigu, car le texte européen permet, lors des étapes en France, d’embarquer des passagers. Il sera donc interdit encore en 2010 d’avoir un train privé Paris-Marseille (ce sera pour 2017), mais on pourra avoir un train Bruxelles-Vintimille, prenant des passagers à Paris et les débarquant à Marseille. Autant dire que les grandes lignes TGV seront alors ouvertes à la concurrence, à la condition que le train parte de l’étranger.

Les concurrents potentiels ont vite compris et on va voir bientôt des compagnies étrangères préparer leurs armes pour venir concurrencer la SNCF. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’en France même, Air-France et Veolia y pensent aussi. Comme le dit Le Figaro, cette fois « la bataille du rail est vraiment engagée ». Air-France a en effet dans ses cartons un projet de TGV, peut-être en partenariat avec Veolia, qui gère des lignes ferroviaires à l’étranger. Aux dernières nouvelles, ce serait avant tout sur les lignes où la compagnie aérienne s’est fait damer le pion par la SNCF.

C’est le cas par exemple de Paris-Marseille (3 heures en TGV) : la SNCF a désormais 63% du marché, la part de l’avion s’étant sensiblement réduite. Air-France voudrait récupérer la part de marché perdue par le biais de ses propres TGV, car le temps mis en avion est à peine plus court si on tient compte du temps perdu à l’enregistrement et au débarquement et du fait qu’on arrive à Orly ou au contraire au centre de Paris. Pour gagner la bataille de la concurrence, Air France doit innover, d’où cette idée de TGV Air France, même si, pour respecter la loi en 2010, le train devra partir (même à vide !) de Bruxelles ou du Luxembourg ou d’ailleurs.

Techniquement, cela ne pose aucun problème, ce qu’on a du mal à comprendre en général, car le réseau ferré (Réseau Ferré de France), c'est-à-dire les rails, est juridiquement séparé de ce qui roule dessus (les trains). C’est exactement comme le fait que sur une autoroute privée roulent de nombreuses compagnies de transport privé en concurrence. Bien entendu, en 2017, la concurrence jouera à plein sur des lignes courtes, purement intérieures, comme Paris-Nantes.

Bien sûr, secret et surprises obligent, Veolia ou Air France affirment que rien n’est arrêté et qu’on n’en est « qu’au stade de la concertation ». Mais on sait bien qu’il faut des mois pour acquérir le matériel nécessaire et que pour être opérationnel au 1er janvier 2010, il faut tout avoir programmé en 2008. Air France sera peut-être même le premier client de l’automotrice à grande vitesse ; à moins qu’elle ne loue des rames… à la SNCF ! Avec la concurrence, tout est possible, car avec la concurrence, c’est l’imagination qui est au pouvoir. Et le client qui en sort gagnant.

 

Le 19 septembre 2008  

 
   

 

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