LE PLAT DE LENTILLES DES INFIRMIERS


Toujours dans le domaine de la santé, en dehors de l’ARS dont nous parlons par ailleurs, les mauvaises nouvelles s’accumulent. La principale, qui est passée presque inaperçue, concerne les infirmiers libéraux.

Ils ont passé un accord avec la caisse d’assurance maladie, comme le font régulièrement les professionnels de santé. Cet accord permet une revalorisation des actes de près de 5,33%, soit un coût de l’ordre de 200 millions, après des « négociations longues et difficiles ». L’accord précédent était de 175 millions : voilà un gain bien mérité de 25 petits millions à partager entre 56 000 infirmiers libéraux. De quoi compenser, paraît-il, la hausse du carburant ! Mais la revalorisation aura lieu le 15 avril 2009 au lieu du 1er août 2008.  Les quatre syndicats représentatifs ont signé cet accord, qui est donc loin d’être mirifique, à l’unanimité.

 

Le seul petit détail, c’est qu’il y a une contrepartie, le plat de lentilles ne se donne pas gratuitement. Il est très simple : « Les syndicats ont accepté la mise en œuvre d’un mécanisme visant à mieux répartir les infirmiers et infirmières sur le territoire ». Les Echos traduisent : « C’est la première fois qu’une régulation des effectifs des professionnels de santé libéraux est ainsi instaurée et que la sacrosainte liberté d’installation est remise en cause ».

La densité actuelle varie de 1 à 6 : dans le sud, parfois plus de 200 infirmiers libéraux pour 100 000 habitants, moins de 80 dans la partie nord (moins de 30 dans certains départements). Concrètement, l’accord prévoit de geler les effectifs dans « 250 bassins de vie surdotées ». Interdiction de s’y installer sans en contrepartie le départ d’une autre infirmière pour une région sous-dotée ou le départ à la retraite (ce qui veut dire alors racheter sa clientèle...). Sinon, plus de conventionnement, donc plus de remboursement des malades. En sens inverse, ceux qui iront dans les régions sous-dotées auront une prise en charge de leurs allocations familiales et une aide à l’investissement de 3000 euros (pour acheter un véhicule par exemple). Bien entendu, c’est l’Etat qui définira les zones concernées.

Les Echos peuvent alors titrer « Les infirmières acceptent la fin de la liberté d’installation ». Ce journal a raison et c’est, à nos yeux, un des tournants majeurs dans le domaine de la santé. Comment imaginer une profession libérale sans liberté d’installation ? Demain, à qui le tour ? Le Monde s’engouffre dans cette faille et affirme que cette brèche dans la liberté d’installation « devrait servir  de modèle à la réforme de l’organisation du système de soins » !

Cela ne suffit pas. Un arrêté va fixer à 70 euros l’obligation faite aux médecins et dentistes d’informer les patients par écrit sur les tarifs de leurs actes. A partir de cette somme, ce sera donc obligatoire. La CSMF parle « d’ânerie », qui « entrainera une paperasserie inutile », car de nombreux actes, par exemple en radiologie, sont au-delà de ce chiffre. Le syndicat dénonce aussi « l’acharnement » des pouvoirs publics à propos des dépassements d’honoraires dans le secteur II. Alors qu’il s'agit d’honoraires libres, un décret va permettre aux caisses d’infliger des sanctions financières à ceux qui pratiquent les dépassements sans « tact et mesure ». Ici comme ailleurs, le gouvernement croit connaitre « le juste prix ».

Mais madame BACHELOT, ministre de la santé, se veut rassurante dans Le Figaro : « Il n’y a aucune étatisation ». La preuve ? « Le parlement trace la politique de santé et son financement. Leur mise en oeuvre est confiée à l'Etat et à l'Assurance-maladie". Vous le voyez, effectivement aucune étatisation. Juste une nationalisation de la médecine. Et certains osent dire que ce sont les libéraux qui sont au pouvoir !

 

Le 19 septembre 2008  

 
   

 

Imprimer cette page