«  L’EUROPE SOCIALE EST BLOQUÉE »


C’est une délégation officielle de la Confédération Européenne des Syndicats (CES) qui a été reçue en grande pompe à l’Elysée par Nicolas SARKOZY, en tant que Président en exercice de l’Union européenne. Les représentants de tous les syndicats français (de la CGT à FO en passant par la CFDT et autres) accompagnaient John MONKS, secrétaire général de la CES, pour remettre  un mémorandum syndical sur « l’Europe sociale ». Colère des syndicats : « L’Europe sociale est bloquée. Il faut remettre l’Europe sociale sur de bons rails ». Le président, paraît-il, a été très intéressé.

Il faut dire que les syndicats sont remplis de bonnes idées, propres à réjouir la classe politique. Par exemple il faudrait incorporer au traité de Lisbonne de nouveaux protocoles, car s’il a été rejeté (comme la constitution européenne deux ans plus tôt), c’est parce qu’il n’était « pas assez social ». Il faudrait donc « un protocole de progrès social » affirmant « la primauté des droits sociaux fondamentaux qui ne peuvent jamais être considérés comme inférieurs aux libertés économiques ».

Au-delà du charabia, il y a évidemment la volonté de développer les droits sociaux, droits créances (droits à), sans tenir compte des droits fondamentaux qui garantissent la liberté (droits de, comme le droit de propriété, ou le droit de contracter). En réalité, les syndicats cherchent à contourner certaines décisions de la Cour européenne de justice, comme l’arrêt Laval, qui a autorisé une entreprise lettonne à payer certains de ses salariés détachés en Suède à un tarif inférieur à celui d’une convention collective sectorielle. Autrement dit à reprendre sur le terrain politique ce qui a été perdu devant la justice. Puisque la justice applique la loi, en l’occurrence les traités, il faut changer la loi, et modifier le traité de Lisbonne grâce à des protocoles sociaux additionnels.

Les syndicats ont été également furieux de ne pas avoir pu empêcher l’opt out, qui permet à des pays comme la Grande-Bretagne de déroger à la durée maximale légale du travail (48 heures) pour travailler 60 ou 65 heures hebdomadaires. Ici encore, ils veulent « un signal fort dans le domaine du temps de travail », avec de bons « droits sociaux » qui empêcheraient cette « dérive libérale ». De même, ils voudraient modifier ainsi un projet de directive européenne sur les comités d’entreprise européens qui ne leur apparaît pas assez favorable aux syndicats.

Bref, comme la conjoncture européenne est dégradée, il faut pour en sortir « un agenda social fort ». Chacun sait par exemple que réduire le temps de travail permet la reprise économique ! Les syndicats ont même des idées sur la relance, grâce à des investissements dans des emplois verts « comme l’a proposé le candidat démocrate à la présidence américaine Barack OBAMA » (sic). De plus, ils veulent « un programme de protection de l’industrie européenne » sujet sur lequel le Président SARKOZY « s’est montré positif » !

Que les syndicats n’aient rien compris aux liens entre l’économique et le social n’est pas nouveau. Le discours sur la primauté des droits sociaux sur les libertés économiques non plus. Ils ne savent pas que seule la liberté économique conduit au progrès social et que leurs soi-disant « droits sociaux » conduisent à la ruine de tous. Ce qui est étonnant, c’est la place qu’on leur donne, l’attention portée à ces discours idéologiques et le fait que personne, pas plus le président de la République qu’un autre, ne les remette à leur place en leur disant quelques vérités. En  France, les syndicats font partie des vaches sacrées de la République.

Maintenant que la France préside l’Union européenne, elle veut étendre cette mauvaise habitude française à toute l’Europe ! Espérons que le mémorandum remis par la Ces au Président restera au fond d’un tiroir, puisque l’Europe a d’autres chats à fouetter en ce moment.

 

 

Le 17 septembre 2008

 
   

 

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