LAURENCE PARISOT : « BARRER LA ROUTE A LA MONDIALISATION
EST IMPOSSIBLE »
L’université d’été du MEDEF vient de se dérouler sur le campus d’HEC.
C’est la deuxième université d’été sous la présidence de Laurence PARISOT,
mais en réalité la première entièrement préparée sous ses couleurs. Après
une année placée sous le signe du « désaccord constructif », la présidente
a voulu placer l’université d’été sous le thème « concilier l’inconciliable
». En réalité, elle montre une nouvelle fois son aptitude au dialogue
et surtout sa volonté de faire œuvre pédagogique pour faire comprendre
aux Français l’entreprise et l’économie en général.
Son interview aux Echos (30 août) le prouve « Je pense que la France
est à un point d’inflexion, que les Français sont prêts à regarder le
monde tel qu’il est, à entendre des choses qui étaient de l’ordre du tabou
jusqu’ici. Ce thème est un appel au dépassement des clivages. Les participants
de tous horizons réunis pour cette université d’été peuvent nous aider
à trouver la voie ».
« Les Français sentent confusément que le pays peut basculer dans le
meilleur comme dans le pire. Ils ont compris que barrer la route à la
mondialisation était mission impossible. Ils veulent savoir ce que la
France peut faire dans le contexte actuel, d’autant plus qu’ils ont maintenant
pris conscience du problème de l’endettement public. (…)Dans la première
seconde qui a suivi mon élection, je me suis concentrée sur les enjeux
de fond. Quand je me suis impliquée dans les négociations sur l’assurance-chômage,
fin 2005, j’ai fait un travail essentiel pour échapper au réflexe qui
consiste à augmenter systématiquement les recettes, et donc les prélèvements
».
« Ma pensée économique, c’est de penser l’économie. à chaque instant,
nous devons mesurer l’impact de nos décisions avant de les prendre. Car
toute négociation entre des intérêts divergents est impossible si elle
ne part pas d’un diagnostic commun. Malheureusement, notre pays souffre
d’une double inculture économique et statistique. Avec une petite pincée
de connaissances supplémentaires pour chaque citoyen, la France surmonterait
beaucoup plus vite les handicaps nés des incompréhensions de langage qui
paralysent la négociation entre partenaires sociaux ».
« Nous voulons continuer à avancer sur le dialogue économique et aussi
sur ce qui doit relever de la loi ou du contrat. Nous demandons très clairement
aux pouvoirs publics de faciliter le développement de la négociation collective
et de respecter l’autonomie de celle-ci. (…) Nous aspirons tous à une
société civile plus vive, plus présente, plus participative. (.. ;). De
son côté, le syndicalisme français doit rejeter la culture du conflit
pour adopter celle du compromis ».
Enfin, à une question sur les propositions des candidats aux présidentielles
d’augmenter fortement le SMIC, Laurence PARISOT répond : « J’y vois un
danger de compression vers le bas de l’échelle salariale. Ce serait même
une erreur qui ouvrirait la porte au chômage de masse. Il y a de la démagogie
à laisser croire que la fixation du SMIC est une décision purement politique,
alors qu’elle doit résulter d’abord de paramètres économiques, comme l’inflation,
la productivité et la croissance. C’est pourquoi le MEDEF demande aux
futurs candidats que le SMIC soit à l’avenir fixé par une commission indépendante.
On peut aussi imaginer des négociations paritaires pour fixer le SMIC
par branches ou par territoires ».
Nous pourrions renforcer la position de Madame PARISOT en rappelant que
la théorie économique démontre sans peine qu’un SMIC si proche du salaire
moyen est une machine à créer du chômage, et frappe par priorité ceux
qui sont au bas de l’échelle et que l’on veut protéger :
1° quand les salaires des personnes moins qualifiées augmentent plus
vite que les autres, l’employeur a intérêt à embaucher du personnel plus
qualifié, comparativement meilleur marché Ainsi les smicards au chômage
le restent plus longtemps.
2° quand les gens en bas de l’échelle ont des salaires proches des autres,
ils n’ont aucune incitation à rechercher une plus haute qualification,
et ils sont les premiers touchés par le chômage parce que les employeurs
hésitent à licencier le personnel de haute qualité.
Pour conclure, on se réjouira de voir la présidente du Medef tenir un
langage clair, qui devrait éclairer la société civile. Voilà des propos
qu’hommes politiques et syndicalistes devraient écouter plus souvent.
Qui les y incitera ?
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