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L’été, s’il est propice aux mauvais coups fiscaux, est habituellement calme sur le plan social. Cette année, le secteur de la santé et plus particulièrement celui des médecins, a fait largement exception. C’est dire si le mécontentement est grand dans cette profession, pour qu’il s’exprime même pendant les vacances. Il y a d’abord eu la question de la revalorisation des honoraires des généralistes. C’est au 1er août que s’est appliquée la hausse faramineuse négociée par les syndicats médicaux : un euros de plus pour la consultation. Les médecins se sont vite aperçus qu’il s’agissait d’un plat de lentilles. Non seulement un euro c’est ridicule (il faudra attendre pour passer de 21 à 23 euros), mais les contreparties demandées sont de plus en plus lourdes. Le tarif est passé de 20 à 21 euros parce que les médecins ont respecté leur engagement de maîtriser les dépenses. Autrement dit, ils ont perdu leurs libertés, dont celle de prescription, pour un euro. En effet, les Caisses acceptent de supporter ce surcoût de 210 millions parce que les médecins ont promis de faire des économies. En particulier, ils ont du accentuer les prescriptions de médicaments génériques. Ils ont promis de mieux gérer (traduire : de diminuer) les prescriptions d’antibiotiques, d’anticholestérol, ainsi que d’arrêts de travail. Les médecins traitant devront aussi renforcer la prévention des troubles cardio-vasculaires et du dépistage du cancer du sein. Mais les médecins devront être sages et aller plus loin s’ils veulent une nouvelle revalorisation des consultations. La CNAM leur a donné un premier bon point, car l’an dernier déjà 720 millions d’économies avaient été réalisés : « Les premiers résultats sur le début de l’année 2006 montrent que cette dynamique se poursuit. Les médecins ont tout à fait respecté leurs engagements portant sur les prescriptions de médicaments et d’arrêts du travail. ». Il leur faudra aller plus loin et réaliser 1,4 milliards d’économies pour avoir une « contrepartie ». Tout cela n’empêche pas la sécu d’avoir 10,3 milliards d’euros de déficit cette année, dont 6,3 pour la branche maladie, mais pendant combien de temps les médecins généralistes accepteront-ils de voir leurs libertés rognées pour des revalorisation pas même symboliques ? L’autre mouvement de mécontentement porte sur les chirurgiens, les obstétriciens et les anesthésistes. Ceux-ci ont lancé un mouvement de grève parce que leur secteur est sinistré, en particulier alors à cause du poids des assurances, compte tenu d’une judiciarisation croissante des relations médecins-malades. Certes, un accord a été trouvé pour les primes d’assurance, l’assurance-maladie apportant désormais une aide pour faire face à la flambée des primes (parfois de 10 000 à 30 000 euros). Un décret devrait être publié en septembre. On peut s’interroger sur cet accord. Est-ce à l’assurance-maladie de payer les primes des médecins ? N’aurait-on pas pu trouver des pistes du côté d’une plus grande liberté des médecins pour leurs honoraires (de façon à couvrir les coûts) et du côté d’une concurrence accrue entre assureurs ? Mais de toutes façons les médecins ne sont pas satisfaits par cet accord et ont poursuivi le mouvement. Les chirurgiens réclament tout simplement l’application de l’accord 2004 signé avec DOUSTE-BLAZY qui prévoyait une augmentation de 25% de leurs tarifs et la création d’un secteur « optionnel » à mi-chemin entre le secteur 1 et le secteur 2. Ni l’Etat, ni la CNAM ne respectent leur signature. Les médecins concernés ont donc continué le mouvement, en envisageant d’autres modalités d’actions, certains souhaitant une radicalisation du mouvement. Finalement, trois syndicats médicaux ont demandé aux médecins du secteur 1 de pratiquer des dépassements d’honoraires, pour retrouver un peu de liberté tarifaire et, tout simplement, pour tenir les promesses du ministère. Caisses, ministre et syndicats se sont aussitôt déchaînés pour dénoncer ce mot d’ordre. Quelques excités ont dit que les patients vivaient dans « un régime de terreur », parlant de dépassements sauvages, comme si avoir un peu plus de liberté, c’était être sauvage ! L’UNAF réclame des « sanctions exemplaires ». Certes, de nouvelles réunions avec le ministère sont prévues. Mais celui-ci fait la sourde oreille à quelques mois des présidentielles et chacun sait que dans le système de santé et d’assurance actuel, les marges de manœuvre sont nulles, compte tenu des déficits et de l’explosion prévisible du système. Tous
ces mouvements ont en réalité la même origine : c’est le manque de
liberté des médecins. Ce n’est que lorsque la médecine redeviendra véritablement
libérale (et l’assurance-maladie concurrentielle) que ces problèmes se
régleront d’eux-mêmes. Mais il y a peu de chances qu’avec le gouvernement
actuel les choses évoluent : il n’est pas question de libéraliser
un tant soit peu la protection sociale en général et la médecine en particulier.
On continuera donc dans l’impasse actuelle, à naviguer entre l’explosion
du système et l’explosion de colère des médecins. Avant celle des malades.
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