VOICI LE "LIBERALISME ENCADRE "


Il a été " avancé " avec Giscard, il se voulait " social " avec Madelin, il est devenu " ultra " avec le temps, le voici maintenant " encadré " par Nicolas Sarkozy. Le libéralisme a bien de la chance. Il n'apparaît jamais dans son plus simple appareil.

Dans un entretien au Figaro fin juillet, Nicolas Sarkozy avait précisé : " Je note et j'apprécie qu'après m'avoir fait un procès en ultralibéralisme, on m'accuse d'être un libéral a minima. ". " Peu m'importent les querelles théologiques. Quand je vois certains grands patrons se verser quarante siècles de RMI, je dis que c'est trop, non parce que je ne suis pas libéral, mais parce que je ne veux pas que la droite fasse cadeau à la gauche de ses incohérences. Je n'appartiens à aucune secte, à aucun clan, à aucune idéologie. Si je dois préparer l'avenir, il faut que je le fasse dans un esprit de rassemblement. J'ai été accusé d'interventionnisme lorsque j'ai décidé que l'Etat monterait à 20% dans Alstom, ou encore quand je me suis opposé au rachat d'Aventis par Novartis. Résultat : l'Etat a revendu 2 milliards ses 20% d'actions Alstom et Sanofi-Aventis est aujourd'hui la troisième groupe pharmaceutique du monde. C'est cela, le libéralisme encadré.

".

Voilà un nouveau concept intéressant, dont on devrait parler dans les mois à venir. Mais peut-on être à la fois pour le libéralisme et pour l'encadrement (Par qui ? Evidemment par l'Etat). L'ambiguïté de la position était déjà apparue dans une autre déclaration du même Nicolas SARKOZY, toujours en juillet, alors qu'il était l'invité d'Hervé NOVELLI dans sa circonscription, après avoir refroidi les réformateurs par son discours d'Agen à propos des " patrons voyous " ou d'une " révision de la politique économique européenne ".

Certes, disait-il " la France a davantage besoin de liberté économique que de socialisme " et elle " a impérativement besoin de se réformer en profondeur ". Mais c'était pour ajouter aussitôt : " Je ne suis ni Mme THATCHER ni M. REAGAN, je suis Nicolas SARKOZY " et " ma vérité, c'est que la nécessaire lutte contre les déficits publics n'a aucune chance d'être remportée si elle constitue l'alpha et l'oméga de toute notre stratégie économique ". " Je ne vois pas pourquoi les Américains ont le droit d'utiliser le dollar comme une arme dans la compétition économique " et " pourquoi, nous, nous aurions fait l'euro pour surtout ne pas nous en servir. Je demande que l'euro soit mis au service d'une politique d'emploi, de croissance ".

Enfin, dernier éclairage, dans son ouvrage " Témoignage " : " Le fait d'être libéral ne m'empêche pas de penser que l'économie libérale a besoin de régulation, de normes, de contraintes, comme le droit du travail, le salaire minimum, le droit syndical et les règles de représentation des salariés, le droit des consommateurs, le droit à la concurrence, pour être au service de l'homme et non pas l'inverse. ". " Si je n'avais d'yeux que pour le modèle américain, je vivrais aux Etats-Unis. Reproduire un modèle étranger n'aurait aucun sens ".

Bien entendu, il faudra voir ce que ces " principes " deviendront quand il faudra les appliquer à la réforme du marché du travail, de la protection sociale, de la fiscalité ou de l'Etat. Mais il y a au départ un choix dangereux consistant à refuser toute doctrine et toute vision d'avenir pour leur préférer l'empirisme : si l'on nie le caractère universel des lois économiques et des valeurs morales, de peur d'entrer dans des " querelles théologiques ", si l'on rejette les enseignements des expériences étrangères, on verse dans le relativisme, l'opportunisme et on marche dans les traces des gouvernements précédents.

Les futurs électeurs ont maintenant entre les mains le " Guide du candidat ". Ils pourront s'en servir pour demander des précisions à Nicolas Sarkozy et l'amener peut-être à prendre enfin un chemin clair et net. Il semblerait qu'à la différence du libéralisme, Nicolas Sarkozy a bien besoin d'être encadré. La lecture du Guide lui sera salutaire.

 

 

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