CARTE SCOLAIRE : UNE AUTRE EXCEPTION FRANCAISE…


On a beaucoup parlé, ces dernières semaines, de la carte scolaire. Nicolas SARKOZY a annoncé qu'il était pour la suppression totale de la carte scolaire. Il a raison sur ce point. Ségolène ROYAL lui a emboîté le pas, avec certes plus de précautions - éléphants et programmes socialistes obligent - elle a du moins montré que pour elle le sujet n'était pas tabou. Elle a été jusqu'à dire " l'idéal serait sa suppression ".

Plus étonnante a été la réaction de Dominique de VILLEPIN. Il a promis de lancer une concertation, en particulier avec les syndicats et les enseignants, qui y sont violemment hostiles, ce qui revient à enterrer le problème. Il a surtout employé des arguments détestables : " Si on supprimait la carte scolaire, par quoi la remplacerait-on ? Tout notre système scolaire est basé dessus, et sa suppression, ce serait plus d'injustice et un formidable dérèglement ". Personne n'a songé à lui répondre qu'on la remplacerait par le libre choix des parents et par la concurrence et l'émulation. " Cela conduirait inévitablement tous les parents à vouloir inscrire leurs enfants dans les mêmes établissements et les perdants seraient toujours les familles les plus modestes. Méfions-nous des approches trop générales et trop idéologiques ". M. de VILLEPIN n'aime pas les doctrines ; il préfère le pragmatisme. On voit ce que cela donne…

En pratique, l'arbitraire, c'est maintenant : un tiers des parents contournent la carte scolaire : en passant par le privé (20%) ou en louant des chambres de bonne (parfois à dix familles) pour avoir une adresse différente de leur domicile : trois ans après leur entrée dans le secondaire, 10% des enfants fréquentent un établissement public hors de leur secteur, et même 18,5% pour les collégiens dont l'un des parents est enseignant. L'Etat lui-même accorde des dérogations totalement arbitraires, comme ces collégiens des ZEP ayant eu mention très bien au brevet.

Voilà la situation française. Mais que se passe-t-il à l'étranger ? Le Monde fait un rapide tour d'horizon chez nos voisins.

En Italie, cela fait presque vingt ans qu'on a supprimé le " bassin des usagers " qui faisait obligation d'inscrire les enfants dans un établissement scolaire proche du domicile. Avec l'autonomie scolaire, cette règle a été levée. Désormais, les établissements fixent " les critères de recrutement des élèves ". Evidemment les écoles les plus réputées reçoivent le plus de demandes. Chacun peut tenter de s'inscrire où il veut.

En Espagne, les parents peuvent exprimer trois choix et l'administration " y répond en fonction des places disponibles dans ces établissements et en tenant compte d'un certain nombre de critères ", y compris géographiques. On peut d'ailleurs demander aussi l'inscription dans une école proche du domicile, mais aussi du lieu de travail.

En Allemagne, il n'y a pas de carte scolaire dans le secondaire. " Le choix revient aux parents, et les établissements sélectionnés doivent en principe accepter leurs enfants ". S'il n'y a plus de place, il faut s'adresser à un autre établissement. Il n'y a que dans le primaire et dans certains Länder, dont Berlin, qu'il faut inscrire les enfants dans une école proche du domicile (pour faciliter le ramassage scolaire), mais on peut obtenir des dérogations.

Quant à l'Angleterre, le système de la carte scolaire pour l'enseignement public est en train d'être révisé, comme nous l'avons expliqué il y a quelques mois, et on va mettre en place un système de libre choix concurrentiel, qui existe déjà bien sûr pour le privé.

Encore une fois (nous évoquions la semaine dernière la grève dans les services publics), il existe une exception française. Certes, la situation à l'étranger n'est pas parfaite, car il faudrait la combiner avec un système de coupons ou de chèques scolaires pour assurer une totale liberté de choix des parents. Mais partout ailleurs on a préféré le libre choix des parents à l'arbitraire bureaucratique. Les candidats de 2007 vont-ils s'en soucier ?

 

 

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