L’ANPE N’AIME PAS LA CONCURRENCE


On sait que, depuis le vote du « plan de cohésion sociale », l’Agence nationale pour l’emploi (ANPE) a perdu son monopole. La concurrence est donc peu à peu la règle sur le marché du placement des chômeurs. Nous avions déjà fait état des premières expériences, au début fort limitées (quelques centaines de personnes), qui montraient l’efficacité du privé : non seulement les chômeurs retrouvent un emploi dans la majorité des cas, mais encore cela fait économiser des sommes importantes à l’assurance chômage, le coût de revient étant très inférieur aux sommes économisées (cela fait autant d’indemnités chômage en moins.).

En réalité, la concurrence est encore limitée, car c’est l’UNEDIC qui autorise et valide la liste des entreprises de placements et le nombre de chômeurs qui leur sont confiées. Mais enfin l’UNEDIC ouvre peu à peu les portes au privé, et cette semaine le bureau de l’UNEDIC a validé une liste de 17 entreprises de placements qui se voient confier la charge de placer 46 000 chômeurs : les chiffres deviennent plus significatifs.

Si l’UNEDIC le fait, ce n’est pas par amour du privé, mais c’est parce que les premières expériences qui ont été tentées ont donné des résultats excellents. Or tout le monde y gagne : cela créé des emplois dans les agences de placements ; les chômeurs trouvent plus facilement un travail ; et l’UNEDIC fait des économies. C’est d’autant plus méritoire que l’UNEDIC n’a pas confié au secteur privé les cas les plus faciles, mais essentiellement les personnes qui risquaient de tomber dans le chômage de longue durée.

Les règles du jeu sont strictes : les entreprises de placement reçoivent 30% de la somme à l’accueil du demandeur d’emploi, puis 35% à la signature d’un CDD ou d’un CDI d’au moins six mois et le reste à partir du moment où une ancienneté continue de six mois est constatée dans la même entreprise : autrement dit, la rémunération dépend des résultats obtenus. Si l’on avait à faire des réserves sur le système actuel, ce serait seulement sur la frilosité de l’UNEDIC, car il y a plus de deux millions de chômeurs et ce n’est encore qu’une minorité qui est confiée -avec succès - au secteur privé. Notre souhait est que, bientôt, tous les chômeurs puissent bénéficier de l’efficacité du privé.

Ainsi, tout le monde devrait être satisfait. Pas du tout. Comme toujours, dès que l’on met au point la moindre réforme (pourtant banale car une telle procédure est courante à l’étranger), les forces du conservatisme se déchaînent. Les syndicats contestent cette atteinte au sacro-saint  « service public » : mieux vaut un service public qui ne marche pas qu’un service privé, qui fonctionne et – horreur - fait des profits.

Mais c’est surtout… l’ANPE qui, comme le titre le Figaro, «  s’agace de la concurrence du privé ». Elle regrette le temps du monopole. Car ce qui importe pour l’ANPE, ce n’est pas le sort des chômeurs, c’est le sort des agents de l’ANPE ! Le directeur général de l’ANPE Christian CHARPY défend ses agents et enchaîne les contrevérités, affirmant que l’efficacité est la même et le coût moindre pour l’ANPE, ce qui est faux si on regarde des populations identiques et si l’on tient compte évidemment des résultats en termes d’emplois. Car l’ANPE met en avant son coût faible par chômeur, mais oublie d’indiquer que son efficacité en termes d’emplois est quasi-nulle.

Pour le patron de l’ANPE «  de nombreux conseillers de l’ANPE vivent cela comme une remise en cause de leur travail et une critique de leur efficacité ». En clair, il n’aiment pas la concurrence et ne supportent pas qu’on puisse comparer leur efficacité à celle des autres. Il est vrai que le monopole est plus confortable : on est dispensé d’y faire le moindre effort, puisqu’on est seul.

Mieux encore, le syndicat SNU-ANPE parle de « concurrence déloyale » du secteur privé, alors que si un organisme fait de la concurrence déloyale, c’est bien l’ANPE, avec tous ses moyens publics et ses privilèges. Pour une fois, le ministre des relations du travail, Gérard LARCHER, ne défend pas le monopole public, mais au contraire trouve « dans cette concurrence renforcée le moyen de dynamiser le marché du travail. Ce qui compte, c’est d’offrir un meilleur service dans l’accompagnement au retour à l’emploi ». Et le ministre d’ajouter - quel imprudent - «  En tous cas, je constate une chose, c’est que tout cela dynamise l’ANPE ». Et il est vrai que l’ANPE a dû lancer un plan d’adaptation pour un « accompagnement renforcé des chômeurs ». Oui et c’est bien cela le problème : c’est cette « pression » que refusent les syndicats et l’ANPE. C’est pourtant dans cette direction qu’il faut orienter le « service public » en général si l’on veut la réforme de l’Etat : la mise en concurrence. On verra alors que le secteur privé fait mieux et moins cher et finalement qu’on peut à terme se passer du service public.

 

 

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