LES DIMENSIONS RELIGIEUSES DE LA DEMOCRATIE


Nous entamons la retranscription des journées de l’Université d’Eté de la Nouvelle Economie. Lundi 29 Août, Mikael Novak ouvrait la première session consacrée à « Tocqueville admirateur de la société américaine ». Durant sa carrière, ce Professeur de théologie et de politique publique à l’American Enterprise Institute a couvert un très grand nombre de sujets. Deux d’entre eux ont particulièrement retenu son attention : la religion et l’économie d’une part, la philosophie, la théologie et leur influence sur la culture d’autre part. Il va nous parler des liens entre religion et démocratie, comme Tocqueville l’avait suggéré, avec une référence spéciale à l’Islam.

 

Pour Tocqueville, les Etats Unis avait incorporé en une seule entité l’esprit de la liberté et de la religion. Ce n’était pas le cas en Europe et en particulier en France. C’était d’autant plus important à ses yeux qu’il faisait de la religion le premier principe politique de la démocratie, consacrant ainsi le caractère central de l’individu dans l’histoire humaine, héritage chrétien et judaïque. La conception centrale d’un homme conscient et libre a d’ailleurs une influence majeure sur la Constitution américaine. Selon les Américains, le créateur a créé la terre dans un seul but : celui de la liberté. En nous donnant la vie, Dieu nous a donné la liberté. Ce droit est inaliénable.

La source de tous les droits individuels reposant sur les devoirs des individus à l’égard du créateur, aucun homme politique ou responsable gouvernemental ne peut intervenir dans cette relation entre l’individu et le créateur.

De fait, l’Etat est donc limité. Tout n’appartient pas à César.

La question est alors de savoir si ces éléments appartiennent à la religion ou s’ils appartiennent à la chrétienté, au judaïsme ou à l’Islam. Est ce que l’Islam est compatible avec la liberté et la démocratie ?

 

L’Islam et la démocratie

Nous savons que les islamistes intégristes considèrent que la démocratie et l’Islam ne sont pas compatibles. Nous avons été le témoin de la force de leur conviction à travers les actes du 11 septembre.

Au delà de la violence et la terreur, le déficit de liberté dans le monde musulman peut être abordé à travers différents aspects. Il y avait il y a quelques années 18 Républiques islamiques et 18 dictatures. Le mode de gouvernement était celui de l’assassinat. De façon générale, la culture arabe privilégie les factions les plus radicales, les plus réactionnaires sur le plan moral. La situation sociale très dangereuse est d’ailleurs un terreau favorable à cette radicalisation : il y a de plus en plus de jeunes hommes dans la société islamistes qui, même s’ils sont très éduqués, ont peu d’opportunité de trouver un emploi.

Une autre raison pour laquelle on peut se demander si l’Islam est compatible avec la démocratie est le Coran lui même. Le Coran utilise très peu de termes comme liberté. Pour exemple, les femmes ont été exclues de la vie publique de façon intentionnelle. Il n’existe pas de doctrine disant que ces traditions sont ancestrales et dépassées aujourd’hui. Ce qui n’est pas le cas pour la Bible dont certaines interprétations n’ont plus de valeur aujourd’hui.

Enfin, il y a un fardeau historique, un grand ressentiment. Cette société a été très glorieuse dans le passé. Toutes les disciplines ont été développées dans les plus grandes cités existantes à l’époque. La civilisation arabe avait envahi l’Europe.

 

Les raisons d’espérer

La raison pour laquelle nous devons espérer réside dans la multiplicité des sources du désir pour la liberté.

 

Tout d’abord l’Islam est la religion de la récompense et de la punition. Cela devrait mener à la liberté, comme ce fût le cas pour le judaïsme et la chrétienté. Ces derniers siècles, de nombreux travaux ont été menés sur l’éthique et la liberté dans les cercles musulmans. Mais cette réflexion n’a pas d’amplitude politique et institutionnelle. Elle est limitée aux cercles intellectuels. Or dans ces pays où existe une grande pauvreté malgré la manne pétrolière, où les droits de l’homme ne sont pas respectés et où la police religieuse, les impôts… empêchent les gens d’avoir accès à la dignité humaine le recours à des solutions démocratiques se fait pressant. D’autant que les pays arabes ont tout essayé sans succès (le socialisme, le nationalisme) excepté le respect des droits, la démocratie, la liberté de penser, de discuter et de croire.

Pourtant, ces valeurs de la liberté ne leurs sont pas inconnues. De plus en plus d’intellectuels musulmans travaillent dans des nations démocratiques. Et même si dans ces pays islamiques la plupart des gens n’ont pas la possibilité de voyager, ils ont accès à une certaine forme d’information à travers la télévision. Ainsi peuvent-ils s’interroger : pourquoi ne pas utiliser la démocratie pour faire fleurir l’Islam ? Les Chrétiens auraient-ils plus confiance dans la dignité humaine que le monde musulman ?

Pourtant, parmi la grande diversité des régimes musulmans, aucun n’est absolutisé. Tous sont ramenés à Allah. D’ailleurs ces pays ont tous changé de régime au moins deux fois au terme de discussions tribales et de consensus. Ce processus est précisément une base intéressante pour la démocratie, comme l’exemple Irakien l’a prouvé ces dernières semaines. Il est aussi un passage nécessaire afin de régler un des problèmes les plus préoccupants des pays islamiques, à savoir construire une vie sociale et économique dynamique. La croissance y est déjà importante et pourrait continuer s’ils se débarrassent de leurs préoccupations liées au pétrole. Aujourd’hui, nous n’avons pas d’autre choix que d’essayer de combattre le terrorisme et de dégager une nouvelle alternative. C’est une tâche immense à accomplir.


 

 

Imprimer cette page