« UNE COMMISSION PAS SI LIBERALE »



La Commission européenne est-elle si libérale qu’on a bien voulu le dire ? C’est le correspondant des Echos à Bruxelles, Karl DE MEYER, qui pose la question dans son journal et parle d’une « Commission pas si libérale ». Il part d’un constat simple : dès que José Manuel BARROSO a dévoilé la composition de sa Commission et parlé d’un « esprit de réforme », les bons esprits ont dénoncé un « esprit libéral » et même un ultralibéralisme.

Il est vrai que certains commissaires avaient un profil sympathique aux libéraux. La commissaire à la concurrence, Neelie KROES, connaît bien les entreprises comme ancien membre du conseil de surveillance de plusieurs multinationales. Le commissaire au marché intérieur, Charlie McCREEVY a été ministre des finances d’Irlande et il a su fortement baisser les impôts, en particulier sur les entreprises. Le commissaire à l’environnement, Stavros DIMAS, n’est pas un écolo rêveur, mais il a travaillé dans une banque à New York. Bref, certains membres ne sont pas vraiment socialistes et connaissent les entreprises. De quoi suffire à qualifier la Commission d’ultralibérale.

Oui, mais voilà, remarque le journaliste des Echos, « neuf mois après son entrée en fonction, force est de constater que la Commission n’a pas vraiment mis en œuvre le programme ultra-libéral qu’on lui prêtait ». « Ainsi, dans le domaine très sensible de la concurrence, Neelie KROES a mis son veto à la fusion des deux groupes énergétiques portugais EDP et GDP. Elle a infligé des amendes substantielles à des compagnies qui avaient formé des cartels ou abusé de leur position dominante. Elle continue de batailler ferme contre Microsoft pour donner à ses concurrents les moyens de réellement rivaliser avec le géant des logiciels. L’ancienne ministre des Transports des Pays-Bas a également engagé en juin une réforme des aides d’Etat qui ménage aux Etats membres une marge de manœuvre certaine ». Cela fait beaucoup pour une libérale.

Inutile de dire que de son côté le Français Jacques BARROT est tout sauf libéral. « Il a validé et fait entériner par le collège les plans de recapitalisation de l’activité fret de la SNCF souhaitée par Paris et de la compagnie aérienne Alitalia, voulue par Rome. Il a renforcé le droit des passagers aériens » (en clair les réglementations contraignantes). Et il va présenter de nouvelles mesures (Erika III) pour la sécurité des bateaux qui naviguent au large des côtes européennes.

Le commissaire au commerce, Peter MANDELSON, présenté comme un apôtre du libre échange, « a négocié avec Pékin un accord pour juguler l’afflux de textiles chinois consécutif à la suppression, au 1er janvier 2005, des quotas internationaux ». Il est allé aussi vite que le permettaient les règles de l’OMC pour la Chine et les dissensions au sein des vingt-cinq, dont certains ne voulaient pas entendre parler de mesures protectionnistes.

D’autres exemples sont présentés dans cet article, concernant notamment la protection des consommateurs. Certes, Karl de MEYER souligne que l’on peut aussi trouver quelques prises de position plus libérales de la commission et qu’il y a quelques contre-exemples, dont nous avons parlé ici même, et qui entraînent la réprobation du gouvernement français. On l’a vu pour le temps de travail par exemple. On le voit pour la concurrence dans la plupart des services publics. Mais il reste encore des positions ambiguës, par exemple vis-à-vis de la fameuse directive BOLKESTEIN. Rien n’est pour l’instant tranché. Mais toutes les prises de position de la Commission sont bien loin d’être libérales, malheureusement.

« Comment expliquer, alors, cette persistance, dans beaucoup d’esprits français notamment, du mythe d’une Commission inféodée aux lois du marché ».  Le journaliste avance l’hypocrisie des gouvernements français ; une certaine confusion autour du terme libéral « diabolisé pour justifier les immobilismes les plus dommageables. Du coup, on passe souvent sous silence les bénéfices, en termes tarifaires par exemple, que les consommateurs ont tirés de la libéralisation de secteurs comme les télécommunications ».

En fait, la Commission ne semble libérale que par rapport à l’étatisme des gouvernements français et de la classe politique française. Certaines de ses décisions sont libérales, d’autres non, au gré des tiraillements entre l’aile libérale et l’aile socio démocrate du Parlement comme de la Commission elle-même. Il faut être Français pour croire que les institutions de l’Union européenne constituent le sommet du libéralisme sauvage. Les Echos ont raison : la Commission n’est pas si libérale que ça.



 

 

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