![]() |
||||||||||||
|
Il est vrai
que certains commissaires avaient un profil sympathique aux libéraux.
La commissaire à la concurrence, Neelie KROES,
connaît bien les entreprises comme ancien membre du conseil de surveillance
de plusieurs multinationales. Le commissaire au marché intérieur, Charlie
McCREEVY a été ministre des finances d’Irlande et il a su
fortement baisser les impôts, en particulier sur les entreprises. Le
commissaire à l’environnement, Stavros DIMAS,
n’est pas un écolo rêveur, mais il a travaillé dans une banque à New
York. Bref, certains membres ne sont pas vraiment socialistes et connaissent
les entreprises. De quoi suffire à qualifier la Commission d’ultralibérale. Oui, mais voilà,
remarque le journaliste des Echos, « neuf mois après son entrée
en fonction, force est de constater que la Commission n’a pas vraiment
mis en œuvre le programme ultra-libéral qu’on lui prêtait ». « Ainsi,
dans le domaine très sensible de la concurrence, Neelie
KROES a mis son veto à la fusion des deux groupes énergétiques portugais
EDP et GDP. Elle a infligé des amendes substantielles à des compagnies
qui avaient formé des cartels ou abusé de leur position dominante. Elle
continue de batailler ferme contre Microsoft pour donner à ses concurrents
les moyens de réellement rivaliser avec le géant des logiciels. L’ancienne
ministre des Transports des Pays-Bas a également engagé en juin une
réforme des aides d’Etat qui ménage aux Etats
membres une marge de manœuvre certaine ». Cela fait beaucoup pour
une libérale. Inutile de dire
que de son côté le Français Jacques BARROT est tout sauf libéral. « Il
a validé et fait entériner par le collège les plans de recapitalisation
de l’activité fret de la SNCF souhaitée par Paris et de la compagnie
aérienne Alitalia, voulue par Rome. Il a renforcé le droit des passagers
aériens » (en clair les réglementations contraignantes). Et il
va présenter de nouvelles mesures (Erika III) pour la sécurité des bateaux
qui naviguent au large des côtes européennes. Le commissaire
au commerce, Peter MANDELSON, présenté comme un apôtre du libre échange,
« a négocié avec Pékin un accord pour juguler l’afflux de textiles
chinois consécutif à la suppression, au 1er janvier 2005,
des quotas internationaux ». Il est allé aussi vite que le permettaient
les règles de l’OMC pour la Chine et les dissensions
au sein des vingt-cinq, dont certains ne voulaient pas entendre parler
de mesures protectionnistes. D’autres exemples
sont présentés dans cet article, concernant notamment la protection
des consommateurs. Certes, Karl de MEYER souligne que l’on peut aussi
trouver quelques prises de position plus libérales de la commission
et qu’il y a quelques contre-exemples, dont nous avons parlé ici même,
et qui entraînent la réprobation du gouvernement français. On l’a vu
pour le temps de travail par exemple. On le voit pour la concurrence
dans la plupart des services publics. Mais il reste encore des positions
ambiguës, par exemple vis-à-vis de la fameuse directive BOLKESTEIN.
Rien n’est pour l’instant tranché. Mais toutes les prises de position
de la Commission sont bien loin d’être libérales, malheureusement. « Comment
expliquer, alors, cette persistance, dans beaucoup d’esprits français
notamment, du mythe d’une Commission inféodée aux lois du marché ». Le journaliste avance l’hypocrisie des gouvernements
français ; une certaine confusion autour du terme libéral « diabolisé
pour justifier les immobilismes les plus dommageables. Du coup, on passe
souvent sous silence les bénéfices, en termes tarifaires par exemple,
que les consommateurs ont tirés de la libéralisation de secteurs comme
les télécommunications ». En fait, la
Commission ne semble libérale que par rapport à l’étatisme des gouvernements
français et de la classe politique française. Certaines de ses décisions
sont libérales, d’autres non, au gré des tiraillements entre l’aile
libérale et l’aile socio démocrate du Parlement comme de la Commission
elle-même. Il faut être Français pour croire que les institutions de
l’Union européenne constituent le sommet du
libéralisme sauvage. Les Echos ont raison : la Commission n’est
pas si libérale que ça.
| ||||||||||||