BILLETS D’AVION : LA TAXE CHIRAC-TOBIN


Taxe Tobin : Jacques CHIRAC a de la suite dans les idées. Sa récente hospitalisation ne l’a pas ébranlé dans ses convictions. En attendant une vraie taxe sur les mouvements de capitaux, par exemple, le Président de la République a annoncé que dans un premier temps il souhaiterait mettre en place une taxe sur les billets d’avion. Il en avait déjà parlé aux ambassadeurs réuni par ses soins fin août et le voilà qui relance ses projets. Dominique de VILLEPIN a eu mission de la proposer à la tribune de l’ONU cette semaine.

L’idée d’une taxe sur les transports aériens avait été lancée par Jean-Pierre LANDAU, conseiller financier à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (BERD). Il pouvait s’agir d’une taxe sur le kérosène (particulièrement bienvenue avec la hausse du prix du pétrole !), sur l’utilisation des couloirs aériens (c’est là que l’on voit que l’imagination des hommes de l’Etat en matière de fiscalité et d’objet d’imposition est une des rares choses qui donne la notion de l’infini !) et enfin sur les billets d’avion. C’est cette troisième proposition qui a retenu l’attention du Président de la République.

Il serait question d’une contribution d’un euro sur l’ensemble des billets d’avion et de 4 euros pour les classes affaire et première. Mais d’autres avancent la somme de 10 euros pour les vols intercontinentaux. D’après un premier calcul, une taxe internationale de ce type rapporterait plus de 10 milliards d’euros. Cette somme ne servirait pas à l’aide publique au développement en général (pour cela Jacques CHIRAC ne désespère pas de faire adopter une vraie taxe TOBIN, beaucoup plus rémunératrice), mais à des projets plus précis : financement de la lutte contre le sida, la tuberculose, le paludisme.

Jacques CHIRAC peut-il convaincre la communauté internationale ? Il a écrit à 145 chefs d’Etat pour leur demander de soutenir cette initiative, mais force est de constater qu’elle n’a suscité qu’une réaction polie d’un petit nombre d’entre eux, comme l’Allemagne, le Brésil, l’Algérie ou le Chili. Les Anglais ont fini par se rallier à notre projet. Ces réactions réservées n’ont pas empêché Jacques CHIRAC de poursuivre son projet sur le plan français : « Sans attendre, j’ai demandé au gouvernement d’engager les procédures nécessaires à la mise en place d’un tel prélèvement dès l’année prochaine ». Ainsi, même si nous devons être seuls au monde, nous allons taxer les billets d’avion.

Le Président de la République a vanté un « mécanisme simple à mettre en œuvre, pratiquement neutre d’un point de vue économique ». Nous ne doutons pas qu’un impôt soit toujours facile à mettre en œuvre. En revanche, on peut discuter -ce qu’ont fait de nombreux pays, à commencer par les Etats-Unis-  sur la neutralité d’un impôt. Un impôt n’est jamais neutre et vient perturber l’affectation des ressources. La Commission européenne a calculé qu’une telle taxe pourrait diminuer la demande de 3% sur les vols intérieurs et de 4% sur les vols internationaux. De plus, que va-t-il se passer si la plupart des pays ne nous suivent pas ? Il est évident que cela va défavoriser les compagnies aériennes et les agences françaises, même s’il ne s’agit en apparence que de quelques euros, qui s’ajoutent à de nombreuses autres taxes.

C’est au sein de l’Europe que les réactions ont été les plus vives. Les pays touristiques, en particulier, n’ont pas caché immédiatement leur hostilité, à commencer par l’Espagne, l’Irlande, la Grèce. Ils ne comprennent pas pourquoi on veut recourir à l’impôt et alourdir encore le prix du billet au détriment des passagers, des compagnies aériennes et du trafic.

L’initiative à l’évidence divise les Européens et Bruxelles ne retient dans ces conditions comme hypothèse de travail que la base du volontariat d’un pays à l’autre de l’Union. Un document de travail de la Commission précise que « seule une approche volontaire apparaît faisable, car cela laisserait à chaque Etat membre la liberté de participer au dispositif sans empêcher la mise en place d’un prélèvement obligatoire chez ceux qui le souhaitent ». C’est dit poliment, mais en clair, si les Français veulent un impôt de plus, c’est leur choix !


 

 

Imprimer cette page