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Nous avons vécu une grosse dispute au sein du gouvernement
français à propos de la hausse du SMIC en 2005. Jean Louis BORLOO l’a
finalement emporté sur Nicolas SARKOZY. C’est donc l’hypothèse de la hausse
la plus forte et la plus immédiate qui l’a emporté. Au même moment et à cette occasion, les médias français
ont découvert avec effroi que l’Allemagne… n’avait pas de salaire minimum !
Une nouvelle les a en effet alertés : le président du SPD allemand
a lancé l’idée d’un salaire minimum uniforme pour tout le pays, et les
syndicats s’y sont opposé : double consternation. Comment un pays
civilisé comme l’Allemagne, patrie du « modèle rhénan », a-t-il
pu se passer si longtemps d’un SMIC, et pourquoi les représentants des
travailleurs s’y opposent-ils ? La consternation est d’autant plus grande que l’on
ne cesse de proclamer en France depuis des années que non seulement le
SMIC est une grande conquête sociale, mais qu’il est de plus une arme
irremplaçable de lutte contre le chômage, grâce à la distribution de pouvoir
d’achat à la classe ouvrière, facteur de reprise. C’est d’ailleurs ce
qui a décidé le gouvernement à accroître le SMIC plus vite et plus fortement.
L’étonnement des médias en dit long sur la désinformation
que subissent les Français, car la plupart d’entre eux ne doivent même
pas imaginer qu’il puisse exister des pays sans salaire minimum. Or, en Allemagne, la rémunération (comme d’ailleurs
le temps de travail) ne sont pas fixés au niveau national, mais sont librement
déterminés par des accords de branche, négociés entre personnel et employeurs,
sans que l’Etat s’en mêle le moins du monde.
Sans doute le système n’est-il pas parfait, en particulier parce qu’il
accorde à nos yeux une place trop importante aux syndicats, mais il est
infiniment plus libéral qu’en France, où règnent étatisme et jacobinisme. Qui ose dire en France (en dehors de quelques rapports
comme ceux de l’OCDE) que l’existence même d’un salaire minimum est un
facteur de chômage ? Et pourtant, le mécanisme est simple :
fixer un salaire minimum, c’est l’établir autoritairement à un niveau
supérieur à ce qu’aurait donné le marché. Ce « prix » artificiellement
élevé stimule l’offre de travail (de la part de gens inactifs pour l’instant)
et réduit la demande de travail (de la part des entreprises, puisque le
coût de celui-ci augmente). Cela suffit à provoquer un déséquilibre quantitatif,
qui est un excès de l’offre de travail sur la demande de travail, c'est-à-dire
du chômage. Beau progrès social : les travailleurs sont mieux payés,
mais à ce tarif là, ils ne trouvent pas d’emplois. Plus le SMIC augmente,
plus le chômage progresse. On estime que 5% de relèvement du SMIC c’est
un point de chômage en plus : accorder, comme l’a fait le gouvernement,
une hausse du SMIC de 17% en trois ans est le plus sûr moyen de faire
progresser le chômage : bel exemple de politique sociale. Les travailleurs
pourront dire merci Monsieur BORLOO. Mais qui leur dira la vérité ? En dehors de ses effets conjoncturels négatifs, le
SMIC a un effet sur la structure de l’offre de travail. Il tend à surpayer
les salariés les moins qualifiés, donc à les dissuader de faire quelque
effort pour accroître leur niveau par de la formation initiale ou permanente.
La promotion sociale est ainsi freinée. De plus, avec une qualification
moindre les travailleurs européens sont plus facilement concurrencés par
la main d’œuvre des pays émergents. Seule une haute compétence permet
de sauver les emplois. Aujourd’hui l’Europe manque d’ingénieurs et d’informaticiens
que l’on fait venir… d’Inde ou d’autres pays
asiatiques. Quant aux syndicalistes allemands, ils déclarent :
« nous sommes tous opposés à un salaire minimum unique ». Tout
au plus certains syndicats – dans quelques branches – accepteraient-ils
l’idée d’un salaire minimum dans une branche donnée, mais ce serait le
maximum envisageable pour eux. Les syndicats allemands, qui sont pourtant
puissantes, mais qui ont quelques connaissances des mécanismes économiques,
ne veulent pas aggraver un chômage déjà trop élevé. Bien entendu, les employeurs, de leur côté, rejettent
une initiative qui, selon eux, « ligoterait encore plus un marché
du travail déjà sur réglementé ». La démagogie des socialistes allemands n’a donc pas
eu de succès. Le salaire minimum ne plait pas aux Allemands, ils ont ainsi
confirmé une opposition au SMIC qui n’est pas nouvelle, puisqu’en 1952
déjà ils avaient rejeté une proposition semblable de la part du Chancelier
ADENAUER.
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