« GRATUITE » DES MANUELS SCOLAIRES


A l’occasion de la rentrée scolaire, on a diffusé d’intéressantes informations sur le financement par les conseils régionaux des manuels scolaires dans les lycées. Ce phénomène, autrefois ponctuel, qui a commencé dans le Centre en 1998, s’est généralisé aujourd’hui, surtout depuis le basculement politique des conseils régionaux. 13 nouvelles régions instituent pour cette rentrée la « gratuité » des manuels scolaires pour les lycéens. Désormais, toutes les régions sont concernées, sauf la Corse, qui envisage de mettre en place le système en 2005. Même l’Alsace applique un tel système (mais sous conditions de ressources), ce qui prouve que la droite n’échappe pas à cette déferlante.

Les modalités changent d’une région à l’autre. Dans la majorité des cas, l’ensemble des lycéens est concerné. Parfois, seuls les boursiers le sont, ou encore seuls les élèves de terminales ou encore de seconde. Le montant alloué varie fortement, par exemple de 205 euros en Languedoc-Roussillon, ou 160 en Bourgogne, à 35 euros pour le Nord-Pas-de-Calais, voire 30 pour l’Aquitaine. Le financement peut donc être partiel ou total.

Mais la différence essentielle porte sur le fait que la somme est, suivant les cas, soit versée aux familles, soit au contraire versée aux lycées directement (ceux-ci achetant les livres, à moins que ce ne soit directement la région qui le fasse, et les fournissant « gratuitement » aux familles, qui doivent les rendre en fin d’année). Ce n’est pas tout à fait la même chose et -tout est relatif- les familles qui voient passer cet argent et doivent aller eux-mêmes acheter les livres sont sans doute un peu plus responsabilisées que celles qui ne font que recevoir les livres, sans même savoir la plupart du temps comment ils ont été financés, et qui probablement en prennent moins soin.

Mais, dans tous les cas, cette « gratuité » n’en n’est pas une. Le financement est assuré par le conseil régional, c'est-à-dire par l’ensemble des contribuables d’une région, qu’ils aient ou non des enfants lycéens. Le lien entre le paiement et le service est totalement brisé. Est-il normal que les ouvrages soient gratuits, ce qui déresponsabilise totalement les familles ? Est-il normal que la gratuité finance ceux qui en ont besoin comme ceux qui n’en n’ont pas besoin ? Est-il normal que tous les citoyens participent à ce financement ? Pense-t-on que les parents -et les lycéens- seront soucieux de leur investissement en éducation –et soucieux de ne pas le gaspiller -si celui-ci est gratuit ? La gratuité ne fait qu’accroître artificiellement le demande et pousse au gaspillage, tout en déresponsabilisant chacun.

En outre, ces mécanismes provoquent des effets pervers. Lorsque les sommes sont attribuées directement aux lycées, ce sont eux qui achètent les livres, par des mécanismes d’appel d’offre. Or ceux-ci, comme tous les marchés publics, sont des sources de corruption et de distorsion. Beaucoup de libraires locaux sont déstabilisés par ces mécanismes et risquent de faire faillite, alors que les achats familiaux auraient mieux réparti la demande. Et les jeunes perdent l’habitude de fréquenter les librairies.

Bien entendu, les livres ne constituent qu’une petite partie du coût de l’éducation. Mais c’était l’un des derniers éléments à la charge des familles. Désormais, la gratuité est quasi-totale, comme pour la santé. Et elle provoque les mêmes effets pervers, surtout lorsque le service est fourni par le lycée lui-même. Mais personne n’a l’air de se préoccuper de cela, tant la démagogie est forte en France et tant il parait naturel que tout soit gratuit dans ces domaines. Mais, comme on le sait bien, la gratuité coûte très cher à chacun de nous en prélèvements obligatoires et finalement en destruction de richesses et d’emplois. Car la seule « gratuité » des manuels scolaires de lycéens coûte 115 millions d’euros…et on arrivera à 300 millions lorsque toutes les classes seront concernées. Il est vrai que c’était une promesse électorale du parti socialiste. La démagogie n’a pas de prix.

 

 

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