PDG D’EDF : LE FAIT DU PRINCE


 

A propos du récent changement de statut d’EDF, transformé en société anonyme, et de l’ouverture du marché de l’électricité  à la concurrence, les syndicats, CGT en tête, ont beaucoup insisté sur les « risques » de privatisation. On est loin du compte, si l’on se réfère à l’épisode que nous venons de vivre concernant la nomination du nouveau PDG.

Tout a commencé avec la volonté du premier ministre, Jean-Pierre RAFFARIN, de remplacer l’actuel PDG, François ROUSSELY, parce que celui-ci, bien ayant entrepris une politique à long terme, avait semble-t-il déplu au premier ministre en refusant d’accueillir un de ses protégé dans l’entreprise. M.RAFFARIN a tout d’abord pensé, pour le remplacer, à Francis MER, puisque les sièges de députés européens, ceux du Conseil économique et social, comme nous l’avons vu, et, désormais, ceux de PDG des entreprises publiques, servent de lots de consolation aux anciens ministres ou aux battus du suffrage universel. Hélas, pour l’ancien ministre de l’économie et des finances, il faut avoir moins de 65 ans pour diriger un établissement public. Le gouvernement a fait voter un « amendement MER » pour permettre une telle nomination après 65 ans. Hélas, le Conseil constitutionnel veillait au grain et a censuré ce texte. Retour au point de départ.

 

Il a alors été question à l’Elysée, comme chez SARKOZY, pour une fois d’accord, de reconduire François ROUSSELY. Mais J.P. RAFFARIN ne voulait pas en entendre parler, pour les raisons que nous avons vu ci-dessus, et a cherché une autre solution, en l’occurrence le PDG de Gaz de France, Pierre GADONNEIX, dont il se sentait plus proche. Il en a fait une affaire personnelle, au point de mettre sa propre démission dans la balance.

Paradoxalement, son affaiblissement politique lui a servi, après ses échecs électoraux et ses reculs sur le SMIC et l’amnistie fiscale. Le Président de la République savait que, s’il le désavouait, une nouvelle fois, il l’achevait politiquement. Certains ont tenté une manœuvre de diversion, avec la candidature de Noël FORGEARD, le PDG d’Airbus, mais finalement, on a laissé faire M. RAFFARIN et le choix s’est porté sur Pierre GADONNEIX. Après tout, cela libérait le poste de PDG de Gaz de France, ce qui permettait de poursuivre le petit jeu entre amis des chaises musicales. Voilà comment on fait un PDG.

Certes, en toute rigueur, la nomination du PDG d’une société anonyme publique relève d’un décret du premier ministre, l’Etat étant le seul ou le principal actionnaire suivant les cas. Mais le feuilleton à répétition que nous venons de vivre en dit long sur les mœurs politico-économiques du pouvoir et sur l’inféodation des entreprises publiques à celui-ci.

Nous ne pouvons que reprendre l’excellente analyse de Philippe RECLUS, dans le Figaro : «  Si le gouvernement cherchait à démontrer que l’histoire va dans le sens d’une normalisation inéluctable des entreprises demeurées dans la sphère publique, il a, à l’occasion de la nomination du nouveau PDG d’EDF, raté son affaire. Les déclarations d’intention de l’Etat, qui s’étaient traduites par la promesse de se comporter en actionnaire avisé et la mise en place de l’agence des participations, chargée de remplir un rôle de holding de contrôle, n’ont pas pesé bien lourd face aux impératifs de la politique ».

« Le feuilleton rocambolesque du changement d’homme à la tête d’EDF montre que l’héritage de décennies d’économie administrée, ce curieux mélange d’intérêts publics, de stratégie industrielle et de trajectoires personnelles, a la vie dure ». On ne saurait mieux dire.

A quoi bon batailler contre les syndicats pour obtenir un changement de statut, si c’est pour conserver les déplorables mœurs étatiques antérieures ? Dans quel pays modifie-t-on la loi pour essayer d’imposer la nomination d’un ami ? On est bien loin de l’état de droit. Manifestement, l’ancienne époque n’est pas révolue. Le colbertisme n’est pas mort. Et l’entreprise EDF n’est pas encore devenue une entreprise comme les autres. C’était déjà vrai avec son comité d’entreprise, son statut des salariés et des retraités, son endettement (24 milliards d’euros), ses aventures à l’étranger. Il faut désormais rajouter à cette liste la désignation de son PDG.



 

 

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