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ACCORD AVEC TRIPOLI : LES ENTREPRISES FRANCAISES PAIERONT
Ce que les médias vous ont dit : la diplomatie française a remporté une grande victoire : Tripoli paiera pour les morts du DC 10 d’UTA. On vous a dit aussi que la France avait menacé de mettre son veto à la levée des sanctions contre la Libye. Grâce à cette fermeté, tout est rentré dans l’ordre. Dominique de VILLEPIN a été formel : « La France n’a naturellement plus d’opposition à ce que le Conseil de sécurité vote le plus rapidement possible la levée des sanctions contre la Libye ». Ce qui fut fait. Ainsi la Libye a-t-elle réussi à effacer des mémoires son passé terroriste puisqu’elle a fait les concessions qu’on attendait d’elle. KHADHAFI peut désormais se parer à nouveau d’une vertu internationale. Ce qui s’est passé est assez différent, et à vrai dire assez scandaleux.
Passons d’abord sur le fait que les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ont obtenu pour ce qui concerne l’attentat dont ils avaient été victimes 2,7 milliards de dollars et que la France, compte tenu du nombre de victimes (170) aura 170 millions. Le prix du Français tué est à la baisse.
Ensuite deux problèmes majeurs se posent. Le premier est l’aspect moral –et politique- de l’affaire. Le passé peut-il ainsi s’effacer ? La Libye a-t-elle cessé d’être un Etat voyou et s’est-elle soudain convertie au respect des droits de l’homme ? L’argent n’achète pas tout et un dictateur reste un dictateur, même s’il paie la facture financière de l’un de ses forfaits. Où est la différence entre KHADAFI et Saddam HUSSEIN ? Jacques GARELLO avait déjà souligné dans un éditorial (La Libye des droits de l’homme) ce qu’il y avait de révoltant dans la nomination d’une Libyenne à la tête de la Commission de l’ONU pour les Droits de l’Homme. Rien n’a changé dans ce domaine et l’on peut s’étonner de la facilité avec laquelle on passe l’éponge.
Un second élément est à prendre en compte. Il s’agit des déclarations faites au Figaro par le fils du Président KHADHAFI. En effet, l’accord d’indemnisation est signé non avec l’Etat libyen, mais avec une fondation de bienfaisance qu’il préside. D’abord il explique que l’accord ne s’est pas fait sans contrepartie française : « Il s’agit d’un accord politique qui couvre plusieurs domaines. Les indemnités ne forment qu’une partie d’un règlement global avec la France. Nous avons posé plusieurs demandes en échange. Il y a le sort des six Libyens condamnés par contumace par la France en 1999. Nous pensons qu’ils sont innocents et souhaitons une solution (…). Nous réclamons des indemnités pour les trois Libyens tués par l’aviation française, qui a abattu un de nos bombardiers au-dessus de N’Djamena(…) Sur tous ces points, nous avons conclu un accord de principe ». Donc la France a su reconnaître ses torts !
Mais, cerise sur le gâteau, voilà ce que répond le fils KADHAFI à la question : comment seront versées les indemnités ? « Nous allons créer un fonds spécial géré par les deux parties. Il sera alimenté par des contributions des sociétés françaises en Libye. Ce n’est pas un accord conclu par l’Etat libyen, mais par l’association charitable que je préside. S’agissant d’une organisation non gouvernementale (sic), elle ne dispose pas à sa guise des fonds publics. Elle ne peut opérer que grâce à des contributions volontaires. Toutes les sociétés françaises travaillant en Libye devraient contribuer à ce fonds ».
On admirera le caractère volontaire et généreux de cette contribution…obligatoire. En clair, ce sont les entreprises françaises qui indemniseront les ressortissants français. Et comme les entreprises déduiront ces sommes de leurs profits imposables, c’est le contribuable français qui en fin de compte paiera l’addition. Certains peuvent chanter victoire, pour notre part nous crions au scandale.
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