CRISE FINANCIERE : LE PRIX DE L’IRRESPONSABILITE


 

La crise financière dite des « subprime »  a occupé une partie du mois d’août. Bien des experts ont tenté d’expliquer la crise, réclamant des interventions plus massives des gouvernements ou des banques centrales. Comme en 1929, la crise est analysée comme une crise de l’économie libre, une crise du capitalisme, alors que, comme Jacques GARELLO l’a clairement rappelé sur les ondes de radio-Vatican, ainsi que G. O’DRISCOLL dans le Wall Street Journal, il s’agit avant tout d’une crise de l’irresponsabilité générale due à l’intervention étatique, par le biais des banques centrales. Ce n’est pas une crise du libéralisme, c’est une crise de l’étatisme.

De quoi s’agit-il ? Les banques, surtout aux Etats-Unis, ont accordé de nombreux « subprime », c'est-à-dire des crédits immobiliers très risqués, sous forme de prêts à des familles dont on sait qu’elles auront le plus grand mal à rembourser. 13% du total des prêts immobiliers américains. Ce sont donc des créances douteuses, et il suffit d’un nombre élevé de non remboursement pour faire douter de la solidité des banques, engagées dans de telles opérations, qui constituent parfois une part importante de leur actif. Les marchés monétaires et financiers étant solidaires dans le monde entier, avec la mondialisation, la crise peut ensuite rapidement se répercuter sur les places boursières mondiales, le doute sur la solidité des prêteurs poussant les actionnaires à vendre des titres, de même que les banques en difficultés, qui vendent aussi des actifs, pour trouver des liquidités, et les banques solides refusant de prêter aux banques en difficultés, par manque de confiance, ce qui fait grimper les taux d’intérêt.

Si l’économie fonctionnait normalement, ces prêts devraient être quasi-inexistant, les banques agissant avec prudence et ne prêtant qu’à ceux qui sont riches ou potentiellement riches, c'est-à-dire à ceux qui peuvent rembourser ou à ceux qui investissent dans des affaires a priori rentables, c'est-à-dire dans des entreprises (et non dans l’immobilier). Mais c’est compter sans les banques centrales. Celles-ci ont pris l’habitude de couvrir systématiquement les besoins de liquidités des banques et d’arroser le marché en liquidités quoi qu’il arrive. Pourquoi une banque ferait-elle preuve de prudence et de responsabilité, si elle est sûre de trouver, en cas de crise, de non remboursement des prêts accordés, un financement à guichet ouvert ?

Dans ces conditions, les banques ne se comportent plus de manière prudente et responsable, c'est-à-dire en prenant des risques raisonnables, mais de manière irresponsable, car les banques centrales seront toujours là pour « réparer » les dégâts, voire pour « stimuler » l’économie. La faute première vient donc de l’irresponsabilité des banques centrales, qui ont empêché toute régulation du système. C’est d’autant plus vrai que dans une situation normale, une banque imprudente devrait emprunter sur le marché plus cher et, s’il elle ne trouve pas de liquidités, devrait faire faillite.

C’est aussi cette régulation que les banques centrales refusent et c’est ainsi que la BCE, à elle seule, en quatre jours à la mi-août, avait fourni au marché la somme faramineuse de 230 milliards d’euros : elle a annoncé qu’elle était prête à fournir 100% des demandes de prêts des établissements bancaires. La Fed pour sa part a baissé son taux d’escompte, rendant l’argent moins cher et plus « facile » à trouver. De quoi pousser toujours plus loin l’irresponsabilité des banques et aussi de quoi ouvrir la porte à l’inflation, en injectant massivement des liquidités artificielles : il va falloir surveiller de près l’évolution de la masse monétaire. Déjà en 1929, les manipulations monétaires hasardeuses de la banque centrale américaine avaient provoqué la crise, comme FRIEDMAN l’avait bien démontré.

Les autorités monétaires centrales, parfois poussées par les gouvernements, sont donc les premières  responsables de la crise. Cela signifie-t-il qu’en l’absence de refinancement automatique, les banques ordinaires refuseraient de prendre des risques ? Évidemment non. Elles observeraient des règles de prudence, c’est à dire prendraient des risques compatibles avec leur solidité financière.

Mais l’autre erreur des banques est d’avoir donné la priorité au financement du logement, plutôt qu’à l’investissement productif, créateur de nouvelles richesses. Prêter aux « pauvres », c’est possible, comme le montre le microcrédit du banquier YUNUS, à condition de prêter à des familles qui vont investir de petites sommes dans de petites ou micro entreprises créatrices de richesses, ce qui leur permettra de rembourser les crédits. Mais rien de tel avec le logement, surtout si c’est pour se loger soi-même. 

Notons d’ailleurs que les projets gouvernementaux français de financement plus ou moins public du logement, avec des garanties d’Etat, vont dans la même direction erronée que celle des banques. Seul le marché sait apprécier les risques, et non l’Etat ou les banques centrales publiques. Et seul le marché sait surmonter les crises. Chaque fois que l’Etat ou les banques centrales ont voulu, par le crédit facile, empêcher les ajustements nécessaires de se faire (baisse des cours, voire faillites), la crise a été finalement plus grave. Il faut donc moins d’interventions publiques. Malheureusement, politiques et opinion risquent d’avoir le point de vue inverse et de réclamer encore plus d’interventions sur les marchés, aggravant la crise, et pouvant provoquer inflation et récession. Déjà, la classe politique française, Président en tête, commence à s’agiter et à réclamer plus d’interventions publiques. Pour résoudre la crise, il faut que les ajustements nécessaires se fassent naturellement, pour que chacun retrouve le sens des responsabilités.

Le 29 août 2007 

 

 

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