L’ISF FAIT FUIR 1,5 MILLIARD D’EUROS PAR AN



Le gouvernement -et surtout le Président- ne voulaient plus entendre parler de l’impôt de solidarité sur la fortune, le fameux ISF. Le sujet n’est pas politiquement correct, car il ne plait pas à la gauche, et il parait qu’il ne serait pas habile politiquement de supprimer cet impôt idiot et ruineux. On pourrait faire observer que si le gouvernement avait peur des réactions des électeurs (il a été servi, bien qu’on n’ait pas touché à l’ISF), il n’a rien à craindre pour les trois années à venir, sans élections.

Le moment de réformer, ou mieux, supprimer l’ISF est d’autant mieux choisi que le rapporteur du budget au Sénat, Philippe MARINI, vient de publier un rapport destiné à la Commission des finances sur la réforme de l’ISF. S’il veut bien lire ce rapport, le gouvernement apprendra que, chaque année, depuis 1997, entre 350 et 370 contribuables assujettis à l’ISF quittent notre pays pour aller s’installer sous des cieux fiscaux plus cléments, soit une délocalisation par jour. Depuis six ans, cela représente 2 525 gros contribuables, soit 1% des redevables de l’ISF.

Cela concerne aussi bien les plus riches, qui partent en particulier en Suisse ou en Belgique, que de plus jeunes, aux patrimoines plus modestes, qui vont exercer leurs talents en Angleterre ou aux Etats-Unis. Dans tous les cas, selon Philippe MARINI, « les délocalisations des redevables à l’ISF constituent une perte de dynamisme pour l’économie française ». Selon la Commission des finances du Sénat, ces expatriés fiscaux ont investi à l’étranger au moins 1,5 milliards d’euros pas an, soit en tout 10 à 15 milliards d’euros de capitaux.

 

Bien entendu, à cela s’ajoute la perte directe pour l’Etat de cette évaporation fiscale, soit 11 millions d’euros en 2002. Il faut y ajouter non seulement les bases fiscales qui partent, mais aussi les bases non imposables (biens professionnels exonérés) qui partent aussi. Il faut donc rajouter 50% de départ de capitaux aux chiffres précédents.

 

Ces départs devraient s’accentuer, car, depuis six ans, le nombre de contribuables assujettis à l’ISF s’est accru de 67,5%, soit en tout 299 000 contribuables, en raison de la revalorisation des prix de l’immobilier. En dépit de ces 87 000 contribuables supplémentaires, le rendement de l’impôt a chuté de 9,1%, ce qui montre que beaucoup de nouveaux contribuables sont au bas du barème et ce qui prouve aussi la délocalisation d’une partie de ceux qui étaient dans les tranches supérieures.

Philippe MARINI et la Commission des finances du Sénat proposent donc un ensemble de réformes de l’ISF. Par exemple de supprimer le plafonnement du plafonnement. En effet, il existait un plafond d’impôt égal à 85% du revenu. Mais le gouvernement JUPPE avait plafonné pour les plus riches ce plafonnement, ce qui veut dire que certains contribuables payaient en impôt plus de 100% de leur revenu. Philippe MARINI propose de ramener ce plafond à 70% et de supprimer le plafonnement du plafonnement.

D’autres mesures de bon sens sont proposées, comme par exemple un relèvement de 20% à 30% de l’abattement en faveur de la résidence principale. De même, il propose de supprimer la tranche marginale la plus élevée et de mieux prendre en compte les charges de famille.

 

Ceci étant, lorsqu’on lit le rapport MARINI et le constat implacable qu’il dresse de l’échec total de l’ISF, on a envie d’aller un peu plus loin et d’en tirer la seule conséquence logique : supprimer purement et simplement l’ISF. Certes, le gouvernement a peur d’être accusé de favoriser les riches. Mais qui pâtit des délocalisations fiscales ? Ce sont ceux qui auraient trouvé des emplois grâce à ces entreprises ou à ces grandes fortunes. Il ne s’agit pas d’aider les riches ; il s’agit de mettre fin à une spoliation pour dynamiser l’économie française, pour le bien être de tous. Comme le dit un proverbe chinois, « quand le riche maigrit, le pauvre meurt ». Il est plus facile de crier « à bas les riches » et de fabriquer de nouveaux pauvres.

 

 

 

 

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