LE DEVELOPPEMENT DURABLE N’AIME PAS LA PUB



Vous n’avez pas pu échapper à la semaine du développement durable. Cela nous aura permis de lire, d’entendre les pires absurdités à la mode sur l’environnement, le principe de précaution, l’entreprise socialement responsable, le commerce équitable, le sommet de la terre et les leçons de Rio.

 

Le ministre de l’environnement, Serge LEPELTIER, a lancé une grande campagne sur le thème « l’abus de prospectus est dangereux pour ma planète ». Rien que cela ! Il s’agit d’inciter les Français à mettre sur leur boîte aux lettres un autocollant « stop pub » pour dire non aux imprimés publicitaires non adressés. Selon le ministre, « il s’agit de permettre aux personnes qui le souhaitent de refuser les prospectus dans leurs boîtes aux lettres, c’est une question de liberté individuelle ».

 

On pourrait discuter pour savoir si des publicités dans les boîtes portent réellement atteinte à la liberté individuelle. Après tout, on n’est pas obligé de les lire. Il n’y en avait pas en URSS. Mais enfin admettons l’argument : je suis propriétaire de ma boîte aux lettres et je peux refuser qu’on y mettre autre chose que du courrier. Fort bien. Mais si c’est une affaire de liberté individuelle, et donc de choix individuel, que vient faire le ministre dans cette galère ?

 

L’autocollant est en effet tiré par le ministère, et cela à un million d’exemplaire. Ils seront distribués dans les mairies ou dans les succursales de l’agence pour l’environnement et la maîtrise de l’énergie. C’est dire si l’affaire prend une tournure officielle. La Poste s’associe à l’opération et s’engage à respecter la volonté de ceux qui mettent les autocollants. Reste, selon le ministre, à « convaincre les distributeurs privés ».

 

C’est là que les choses se compliquent, toujours selon le ministre. Nous examinerons leur comportement dans les mois à venir. S’ils ne respectent pas la règle du jeu, nous réglementerons et imposerons de sanctions ».  Voilà une belle illustration de la défense et du respect de la liberté individuelle.

 

Bien entendu, comme toujours, le gouvernement se donne bonne conscience en expliquant qu’il fait une bonne action pour l’environnement : il parait que si 5% des ménages mettent cet autocollant, ce sont 40 000 tonnes de papier qui seront économisées.

 

S’il s’agit seulement d’économiser du papier, pourquoi ne pas limiter le nombre de pages de publicité dans les journaux, voire la taille des journaux ?

 

En réalité, derrière cette opération, il y a une inspiration publiphobe archaïque. L’Etat n’a pas compris pourquoi, dans une économie de marché, l’information sur les produits, à commencer par leur simple existence, est essentielle. Il faut être enfermé dans des modes de pensée pour croire que la publicité est inutile parce que l’information de chacun est parfaite (comme le suppose les modèles néoclassiques) ou trompeuse (comme le croient les consuméristes). En réalité, parce que nous ne savons pas tout, la publicité joue un rôle informatif indispensable. A moins que les promoteurs publics de cette campagne n’aient la nostalgie de la situation si heureuse des anciens pays socialistes qui ignoraient la publicité, réservant le monopole de l’information au parti. Ignorance des mécanismes économiques ou perversion marxiste, nos dirigeants eux non plus n’aiment pas la publicité et veulent nous forcer à partager leur aversion. Peut-être regrettent-ils le temps des tickets de rationnement. Avec eux, on y reviendra peut-être bientôt. 

 Le 30 juin 2004

 
   

 

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