LA REFORME DE L’EDUCATION


Le colloque organisé par l’ALEPS le 6 mai dernier dressait le bilan des réformes un an après l’entrée en fonction des gouvernants actuels. Les réformes de l’Etat et de l’emploi sont apparues d’une grande timidité, et pas toujours bien inspirées. A-t-on plus d’espoir concernant la réforme de l’éducation ? Question d’autant plus importante que l’on voit aujourd’hui la place tenue par les enseignants dans la vie publique.



Jean Yves NAUDET : REDONNER LA PAROLE AUX FAMILLES

 

Ce qui caractérise le système éducatif français actuel, c’est qu’il exclut les choix, donc la responsabilité des familles. Tous le drame de l’Education Nationale est qu’elle est nationale, c’est un monopole exercé par des fonctionnaires syndiqués. L’élément de concurrence constitué par les établissements privés crée un espace de liberté, mais le choix entre public et privé n’est pas vraiment libre, et les contraintes qui pèsent sur le privé, réduit au rôle de sous-traitant du public, sont considérables. Quant à la concurrence à l’intérieur du secteur public, elle n’existe pas : la carte scolaire oblige les familles à fréquenter des établissements dont ils ne veulent pas et souvent mal adaptés aux enfants accueillis. C’est surtout l’aspect monolithique de l’Education Nationale qu’il faudrait rompre, mais le mammouth syndicalisé démontre sa vigueur : quand Luc FERRY veut supprimer des postes –ce qui est normal compte tenu de la baisse du nombre d’élèves– il est amené à les rétablir sous une autre forme.

On attend donc en vain la grande réforme de l’enseignement, qui consisterait à ouvrir les établissements à la concurrence (en donnant aux familles qui ne les ont pas les moyens financiers de choisir grâce à des chèques-éducation), à supprimer la carte scolaire et le collège unique, et à réviser le statut de la fonction publique, voire à le supprimer. Pour l’instant on est dans la lignée de Jack LANG, avec des initiatives du genre de la « Journée des Jeunes », organisée avec toutes les associations qui prônent licence morale et révolution mondiale.

Le même conservatisme domine la « politique familiale » que l’on continue à assimiler à une politique sociale. Une vraie réforme libérale consisterait à rendre aux familles, cellules de base de la société, toutes leurs libertés, et pas seulement dans le domaine de l’enseignement. La liberté patrimoniale est aujourd’hui ignorée, les familles ne peuvent épargner et capitaliser pour leurs enfants, les droits de succession empêchent la solidarité intergénérationnelle, tandis que la solidarité forcée et publique prive de ses moyens la solidarité volontaire et privée dans le cadre familial. Quant aux aides sociales elles-mêmes c’est un maquis impénétrable, qu’il vaudrait mieux fondre dans un système unique d’impôt négatif. La responsabilité des familles devrait également réapparaître, notamment dans la lutte contre la violence et la délinquance. Remettre la famille à l’honneur c’est aussi redonner aux familles le sens de l’honneur.

 

Jean Yves NAUDET est Professeur à l’Université d’Aix Marseille III et dirige le Centre d’Ethique Economique

 

Christian VANNESTE : LUC FERRY ROMPT AVEC LA TRADITION

 

La mode est à la critique de Luc FERRY. Il trouverait grâce aux yeux des libéraux s’il avait adopté une méthode autre que la sienne : faire évoluer l’Education Nationale de façon progressive, sans chercher à croiser le fer avec les syndicats, comme Claude ALLEGRE la fait, et sans succès. Si l’on veut bien considérer ce que Luc FERRY a dit et écrit, on ne manque pas d’être frappé par sa volonté de rupture dans un grand nombre de domaines :

- il veut restaurer l’autorité, et tourner la page de la démagogie et du jeunisme

 

- il veut démonter le mammouth par pièces et non l’abattre d’un seul coup : c’est le sens de la « décentralisation » du personnel technique,

- il est partisan de la concurrence avec l’école privée, dont il veut assurer le maintien, et il d’écarte des discours habituels sur la laïcité,

- il est conscient de l’échec du système du collège unique, il veut développer la formation professionnelle et créer « l’école pour tous », adaptée à chaque enfant,

- il veut revoir l’articulation entre le bac (25 bacs généraux actuellement !) et l’enseignelment supérieur, et développer des diplômes de techniciens supérieurs

Pour toutes ces raisons, Luc FERRY mérite d’être soutenu dans la voie de la réforme.

 

Christian VANNESTE, député du Nord, est Professeur de Philosophie

 

Philippe NEMO : LA REVOLUTION PEDAGOGIQUE EST A L’ŒUVRE

 

Il n’y a pas davantage de volonté de réforme de ce gouvernement que chez les précédents. Le plan de contrôle de l’éducation par la pensée marxiste est à l’œuvre depuis 1945, et le projet des communistes Langevin-Wallon s’est développé par phases successives sans discontinuité. Le seul changement intervenu concerne la pédagogie. Au départ il s’agissait d’aligner tous les enfants sur le haut, pour que tous puissent bénéficier des lumières de la science. Mais sous la pression des syndicats, et après 68 on a préfér » l’alignement par le bas. La « pédagogie inductive » a été une vraie révolution, et a conduit l’enseignement au niveau zéro. L’école est devenu une garderie, un parking pour futurs chômeurs, un haut lieu de l’ignorance et de la violence. C’est donc une explosion du système qu’il faut envisager, sans quoi c’est la société française elle-même qui epxlosera.

 

Philippe NEMO est professeur de philosophie à l’ESC Paris

 

 

 

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