LA BELGIQUE VA-T-ELLE PASSER A LA CONFEDERATION ?

 Une confédération s’instaure entre pays indépendants


Naguère les problèmes de la Belgique étaient volontiers ramenés à des conflits linguistiques ou politiques. D’un côté des néerlandophones plutôt libéraux, de l’autre des francophones plutôt socialistes. Entre les deux Bruxelles jouissant de son sort privilégié de capitale européenne, parfois envahie par des anglophones…

Les évènements prennent une toute autre tournure depuis quelque temps, et la victoire des indépendantistes flamands du parti NVA lors des élections de dimanche dernier. On voit poindre la totale disparition de l’Etat belge, voire la négation de la nation belge, au profit d’une formule de confédération unissant des pays indépendants.

Il faut rappeler que la nation belge est née de l’Etat belge, c'est-à-dire de la création d’une nouvelle entité politique par le concert des grandes puissantes au XIXème siècle. Aussi loin qu’on remonte dans l’histoire, ce que nous appelons la Belgique a toujours été divisée, par exemple entre les Flandres et la Bourgogne. Les langues, les métiers, y ont toujours été différents. Ces différences ont survécu à trois siècles d’occupation espagnole, et les « Provinces Unies » ne l’ont jamais été. Le seul lien véritable aura été la religion catholique, et c’est l’alliance des catholiques et des libéraux (entendez pour l’essentiel les libres penseurs) qui a imposé « l’unionisme » en 1830. La déchristianisation qui a atteint la Belgique comme d’autres pays européens, la présence d’un tiers de musulmans dans la population de Bruxelles, l’affaire de l’avortement (rejeté par le roi), ont distendu ce lien entre Belges.

L’organisation du pays autour d’un Etat centralisé semble donc obsolète. Depuis de nombreuses années, les parlements de Flandres et Wallonie ont acquis des compétences importantes, notamment en matière économique et sociale. Ici le fossé s’est creusé entre une Wallonie socialiste, qui a mis du temps à se remettre de l’effondrement de la sidérurgie et de la métallurgie, et les Flandres plutôt libérales, tournées vers la technologie et le commerce extérieur, tout en bénéficiant d’une agriculture fortement soutenue par la Politique Agricole Commune. Mais la division des compétences n’est pas toujours très nette, notamment dans le domaine du droit privé et du droit pénal, et cela pose un sérieux problème aux personnes qui habitent aux alentours de Bruxelles, qui ne savent pas de quelle juridiction ils vont dépendre. Les juristes de Bruxelles sont très divisés, mais aussi très inquiets sur cette question.

Il est vraisemblable que la prochaine étape sera celle d’une confédération, qui est le stade le plus achevé du fédéralisme, puisqu’elle inclut le droit de sécession. Elle évite la totale séparation et unit des Etats indépendants. Il restera aux « Belges » à trouver les compétences confédérales, sans doute dans le domaine de la défense extérieure et peut-être de la diplomatie.

Le sort de la Belgique est à observer avec attention, non seulement parce que les tensions entre Flamands et Wallons perturbent le climat européen, mais aussi parce que ce qui est en cause est la découverte de nouveaux principes d’organisation politique au moment où les Etats-nations sont fortement contestés, comme en Espagne ou en Italie. Les Français, eux, n’ont pas de souci à se faire : ils resteront longtemps les victimes du jacobinisme.

Le 24 Juin 2010

   
 
 
 

 

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