POUR UN MANAGEMENT HUMANISTE

 

Thème d’un colloque autour de Xavier Fontanet, lauréat du prix Olivier Lecerf décerné par l’Académie des Sciences Morales et Politiques


Management, c’est moderne. Humaniste, c’est vieillot. C’est pourtant sous ce double éclairage que l’Académie des Sciences Morales et Politiques a organisé lundi dernier un colloque à l’occasion de la remise d’un prix décerné par la Fondation Olivier Lecerf. Il s’agissait de savoir comment les dirigeants d’entreprises, les fameux « managers », introduisent dans leurs méthodes de direction (management) le souci de la personne humaine.   

Olivier Lecerf a été jadis le patron de l’entreprise Lafarge, une firme familiale s’appuyant dès l’origine sur des valeurs chrétiennes. Bruno Lafont, qui en est le PDG actuel, a introduit le colloque en insistant sur l’existence de valeurs universelles tendant à reconnaître la dignité et la liberté de la personne humaine, en dépit des différences de culture, d’histoire, de régimes politiques. L’entreprise Lafarge est « multilocalisée », et pourtant elle a la même ligne de conduite à l’égard de son personnel, car les hommes d’entreprise sont les mêmes partout dans le monde : voilà la véritable mondialisation, celle des valeurs éthiques.

D’autres chefs d’entreprise sont venus apporter leur témoignage, avec toujours le même sentiment : l’entreprise a pu traverser la crise grâce à l’adhésion spontanée du personnel. Ici, on a accepté une réduction généralisée de 20% des salaires pendant six mois, là on a accepté du chômage partiel sans heurt, etc. Evidemment ce qui se fait chez Honda, avec une planification « à la japonaise » où le rôle de chacun est déterminé avec précision, tranche avec la « subsidiarité » en vigueur dans une entreprise métallurgique française. Mais on trouve partout le même souci de dialogue, de participation, de respect et de promotion.

Xavier Fontanet, président du groupe Essilor, était le lauréat tout désigné pour ce prix Olivier Lecerf. Car Essilor a été, dès l’origine, une entreprise fondée sur une association coopérative de producteurs. Les actionnaires majoritaires de la firme ne sont autres que les cadres et salariés, et ils sont en permanence désireux de performance pour leur entreprise. Essilor est aujourd’hui présente dans le monde entier, et obtient des gains de productivité qui permettent d’offrir des verres à 5 dollars aux gens les plus pauvres au monde (qui gagnent 1 dollar par jour), de sorte que le prix d’un produit Essilor est partout celui d’une semaine de travail.

Dans son discours, Xavier Fontanet a insisté sur le fait que l’humanisme n’était pas à usage seulement interne à l’entreprise, mais concerne la société dans son ensemble. La mission de l’entreprise est de servir la communauté, et c’est le rôle du marché que de forcer le producteur à aller vers les besoins des autres. Le profit n’est autre que la reconnaissance des services rendus par l’entreprise ; il traduit le contentement de la clientèle, qui donne ainsi à l’entreprise la possibilité de continuer son expansion. Tout le monde peut travailler avec davantage d’ardeur et d’innovation s’il a le sentiment d’apporter quelque chose qui lui est propre : l’homme propriétaire de sa création est un grand principe de l’humanisme, et ce principe prend consistance dans une société qui reconnaît et défend les droits de propriété. C’est ce sentiment d’être propriétaire de l’entreprise qui anime le personnel d’Essilor. Ces thèmes, exprimés dans un langage clair, émaillé de nombreux exemples concrets, sont bien ceux d’un libéral, et Xavier Fontanet n’hésite pas à afficher ses convictions libérales, au point même de publier régulièrement des articles dans le bulletin de l’ALEPS. Il s’inscrit dans ce libéralisme de l’éthique, qui aux dires de Michel Albert, présentateur du lauréat, tranche avec le libéralisme de l’efficacité.

Si l’humanisme est confiance dans l’homme, il repose aussi sur la confiance de l’homme en lui-même. C’est ce qui permet d’instaurer une « société de confiance » jadis décrite par Alain Peyrefitte, comme l’a rappelé Jean Mesnard, président de l’Académie des Sciences Morales et Politiques. Confiance : il appartenait à Michel Pébereau de rappeler que la société de confiance, libérée des illusions communistes, a permis l’émergence du tiers monde, et que c’est à retrouver la confiance que s’emploient aujourd’hui les responsables des entreprises, y compris les banquiers et financiers tenus à tort pour seuls responsables de la crise. Bertrand Collomb, ancien président de Lafarge et membre de l’Académie, se réjouissait de la haute tenue de ce colloque et y voyait une raison de reprendre confiance et courage.

 

Le 24 Juin 2010

   
 
 
 

 

Imprimer cette page