LE « JUSTE SALAIRE » DES FONCTIONNAIRES

 

Ces boucs émissaires de la crise sont-ils surpayés, sous productifs ? Nul ne le sait


« Ce pelé, ce galeux d’où venaient tous leurs maux »…

Boucs émissaires de la crise, comme le suggère Jacques Garello dans son éditorial ?

Toujours est-il que les fonctionnaires sont sérieusement chahutés dans l’Europe entière. On s’en prend à leur salaire : baisse de 5% en Espagne, de 5 à 15% en Irlande, baisse encore en Hongrie, en Angleterre, suppression des 13ème et 14ème mois en Grèce. On s’en prend à leur emploi : gel des postes en Italie, au Portugal et en Angleterre, réduction des effectifs de 15.000 en Allemagne, et de 25.000 en France. On s’en prend à leur retraite : relèvement de l’âge en Grèce et en Espagne, hausse des cotisations prévue en France.

Cette offensive contre les fonctionnaires entre-t-elle simplement dans le cadre d’une chasse aux gaspillages, ou traduit-elle une volonté de réduire la taille de l’Etat ? Garder le même Etat mais le rendre plus économe, ou aller vers un Etat minimal ?

On peut rendre un Etat plus économe. A dimensions comparables, des Etats sont plus ou moins bien gérés. Cela dépend, en grande partie, de la structure politique et budgétaire. Les Etats décentralisés, et a plus forte raison fédéraux, sont en général plus économes. Le degré de décentralisation fiscale, c'est-à-dire la marge d’autonomie concédée aux instances locales en ce qui concerne leurs ressources (impôts) et leurs dépenses est également important. Enfin on devra tenir compte de l’existence de lignes de défense des contribuables, comme le referendum d’initiative populaire.

Mais l’essentiel du débat, à nos yeux, tourne autour de la dimension de l’Etat. Un Etat minimal, qui a la préférence de tous les libéraux, s’occupe des « services publics par nature », c'est-à-dire des activités qui pour des raisons techniques ne peuvent être marchandes. La liste est courte : défense, police, justice. Encore peut-elle être raccourcie : défenses supranationales (OTAN), polices et justices privées ou concédées.

Le sort réservé aux fonctionnaires dépend des options précédentes. Il est amélioré dans les Etats jacobins et dirigistes. Les agents de l’Etat représentent alors une forte proportion de la population active, et les politiciens eux-mêmes ne manquent pas de créer des emplois nouveaux pour tantôt gérer les nouvelles affaires placées sous tutelle administrative, tantôt satisfaire leur clientèle et récompenser leurs militants ; les deux peuvent se conjoindre.

Le problème avec le nombre de fonctionnaires et leur niveau de rémunération, c’est que l’on n’a aucune idée de la productivité de la fonction publique. Dans une entreprise privée la productivité délimite l’éventail des salaires. On ne saurait trop s’écarter de la productivité du salarié, au risque de surpayer une main d’œuvre incompétente ou peu motivée, ou de sous-payer des employés qui quitteront l’entreprise ou relâcheront leurs efforts. De plus, si l’entreprise est soumise à la concurrence, les gains de productivité iront essentiellement aux clients, sous forme de baisse des prix et de hausse de la qualité.

Rien de tel dans la fonction publique. Quelle est la valeur du travail effectué par un fonctionnaire ? La comptabilité nationale répond : cette valeur est égale au salaire payé au fonctionnaire. Voilà donc un premier mystère : un fonctionnaire payé 2.000 euros par mois a une valeur de 2.000 euros, et doit donc être payé…2.000 euros.

Quelle est la productivité de ce fonctionnaire ? Comme il n’y a aucune comparaison possible en l’absence de concurrence, et comme les biens publics fournis sont imposés au client sans qu’il puisse marchander, puisqu’il s’agit de biens non marchands, on ne sait pas si la productivité est faible ou élevée. On peut se fier à quelques signes qui ne trompent pas : l’absentéisme, le nombre d’heures passées devant la machine à café ou au téléphone convivial, le nombre de dossiers qui s’empilent. Mais la réponse des représentants syndicaux est toujours la même : pas assez de crédit, pas assez de postes. Pour avoir plus de productivité, il faudrait donc augmenter les effectifs des improductifs.

Tout cela permet de conclure que nul ne saurait déterminer le « juste salaire » des fonctionnaires. Le seul ajustement qui se fait est par rapport aux possibilités budgétaires : peut-on couvrir avec les recettes courantes la masse des traitements de tous les agents de l’Etat ? Doit-on, comme en France, emprunter pour pouvoir payer les fonctionnaires. Mais jusqu’où peut-on aller dans les déficits et l’endettement ?

Ces questions se posent en cette période de crise des finances publiques, et il ne faut donc pas s’étonner de voir les salaires des fonctionnaires « ajustés », faute de savoir s’ils sont « justes ».   

Le 17 Juin 2010

   
 
 
 

 

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