MAVI MARMARA : CE QU’IL FAUDRAIT SAVOIR

 

Pourquoi tant de choses masquées à propos de l’affaire du ferry turc ?


La communauté internationale s’est émue du drame vécu à bord du Mavi Marmara et s’incline devant la mémoire de personnes disparues, quelles qu’elles soient : voilà qui nous semble tout à fait normal. De même, il n’est pas déplacé de faire reproche aux commandos israéliens d’avoir agi sans précaution ni ménagement, comme si cette « opération de contrôle policier » devait être routinière et purement formelle.  

Mais là devraient s’arrêter les commentaires sur la prise du ferry turc par les « Sareyet 13 » de la marine israélienne. On est bien loin du compte, et une vaste campagne diplomatique et médiatique s’est déclenchée à partir de cette affaire.

Commençons par les médias, qui ont en général épousé la version palestinienne et turque, et ont ignoré, volontairement ou pas, certains faits incontestables. Le grand public aurait dû savoir :

1° que le ferry turc et la flottille qui l’accompagnait n’avaient aucune vocation humanitaire : d’une part les « Gazaouis » ne manquent ni de vivres, ni de médicaments, ni de vêtements, les commerces de Gaza sont approvisionnés (en grande partie avec des produits importés d’Israël), la « prison » de la bande de Gaza n’est heureusement pas comparable au goulag.

2° que le « blocus » a été instauré (avec l’accord de plusieurs pays dont la France) par les Israéliens et les Egyptiens ensemble, les deux pays ayant pour objectif commun d’interdire l’entrée dans la bande de Gaza d’armes ou de matériel susceptible de fournir un armement. De récentes interceptions de convois ont été faites aussi par les Egyptiens.

3° qu’à part le matériel militaire, les produits peuvent entrer dans la bande de Gaza après débarquement dans le port israélien de Ashdod, où les marchandises sont reconnues par les autorités israéliennes puis acheminées par la route vers Gaza (150 camions par jour).

4° que le trafic organisé le plus souvent à partir de la Turquie s’est développé depuis plusieurs mois, mais qu’en revanche, cette rotation avait été annoncée comme une entreprise de libération de la bande de Gaza, et entièrement organisée par l’IHH, un organisme pro-palestinien fondé par les Frères Musulmans et les branches les plus extrémistes du Hamas, et que les occupants de la flottille étaient connus pour leur militantisme pro-palestinien.

5° que les membres du commando israélien ont été accueillis à coups de barres de fer, voire d’armes blanches ou autres, comme en attestent plusieurs films pris depuis les embarcations entourant le Mavi Marmara.

Toutes ces informations sont dignes de foi, confirmées par diverses sources, elles ont d’ailleurs circulé dans le monde entier, mais elles n’ont pas été reprises très souvent dans les médias, peut-être parce qu’elles troublaient la campagne diplomatique qui a été déclenchée.

La campagne diplomatique tend à discréditer Israël, et à faire apparaître les gens de Gaza comme les victimes de la violence incontrôlée du gouvernement Netanyahou. Il semblerait que la Turquie du gouvernement Erdogan s’engage chaque jour un peu plus dans la coalition Hamas- Hezbollaz-Syrie-Iran, une coalition dont on peut craindre qu’elle soit principalement inspirée par le fanatisme islamiste. Par opposition, il faut faire apparaître Israël comme le responsable de l’échec des négociations de paix, alors même que c’est le Hamas qui constitue l’obstacle majeur d’une entente certes difficile mais possible entre l’Autorité Palestinienne du Fatah de Mahmoud Abbas et l’Etat hébreu. Cette inflexion diplomatique est d’autant plus surprenante que la Turquie, à la différence de ses nouveaux partenaires, n’a jamais été opposée à un Etat hébreu, et que la Turquie appartient au dispositif de défense commune au Moyen orient avec l’Egypte et Israël, au point que des manœuvres militaires communes s’étaient déroulées encore en 2009.

Une fois de plus, la diplomatie trouve le monde libre assez divisé. Alors qu’au début de son quinquennat le Président français avait maintenu la balance à peu près égale entre Israël et Palestiniens, rompant ainsi avec la tradition gaulliste pro-arabe, la France s’est mise au premier rang des accusateurs, et Bernard Kouchner n’a pas ménagé ses critiques à l’ambassadeur d’Israël à Paris. Par contraste, les Allemands ont observé une grande prudence, qui tranche aussi avec les cris d’indignation du « Haut Représentant de l’Union Européenne pour les Affaires Etrangères », Madame Catherine Ashton. Reste enfin Obama, sérieusement pris en tenaille entre la tradition du Département d’Etat pro-israélienne et son désir de rapprochement avec les Etats arabes, eux-mêmes bien embarrassés par cette offensive intempestive. Mais qui a lancé l’offensive ?

Le 2 Juin 2010

   
 
 
 

 

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