LA RETRAITE A 60 ANS, C’EST FINI

 

Le gouvernement crie victoire. Mais aucune réforme sérieuse n’est avancée


« La faible mobilisation ouvre la voie à la réforme ». Ce titre barre la une du Figaro du vendredi 28, qui précise encore « L’opinion a intégré l’idée d’un report de l’âge de départ à la retraite ».

Plaise au gouvernement de crier victoire, mais en réalité rien n’est réglé, ni politiquement ni surtout fondamentalement. Une fois de plus on fait de la politique spectacle.

Politiquement, ni les syndicats ni l’opposition n’ont renoncé à exploiter le mécontentement des retraités et futurs retraités. Il est vrai que les sondages font apparaître une baisse de la proportion des Français hostiles au report de l’âge légal, mais il y a encore une majorité hostile à la mesure. On ne sait si c’est la résignation ou la raison qui poussera les Français à baisser la garde. Le débat sur la retraite n’est pas celui qui serait nécessaire, mais il a au moins permis de vulgariser deux idées : il n’y a pas assez de jeunes pour payer les retraites des vieux, et les seniors sont capables de rendre encore de grands services à l’économie.

Politiquement encore, l’échec relatif de la manifestation de ce jeudi 27 a été largement dû à Eric Woerth, et il en a d’ailleurs été félicité. Car notre sorcier ès réformes a distribué de la potion magique à la clientèle des syndicats. Il a rappelé avec finesse et opportunité qu’en aucun cas les réformes ne toucheraient ni la fonction publique, ni les régimes spéciaux. Les cheminots, postiers, enseignants et fonctionnaires de toutes administrations n’ont rien à craindre : ils resteront à 60 ans, ou 58, ou 55. Or ces gens sont les professionnels des manifestations, dont ils fournissent le plus clair des effectifs. Ils sont restés chez eux. Après avoir senti le vent du boulet, après avoir lu dans les journaux que partout en Europe on réduisait les privilèges du secteur public, ils ont été pleinement rassurés par les paroles apaisantes d’Eric Woerth. La démonstration est faite : la réforme sera mise en œuvre, sauf pour ceux qu’elle devrait concerner par priorité.

Mais la chose la plus importante, c’est que reculer l’âge de la retraite de deux, trois ou cinq ans, même si l’on augmente parallèlement la période de cotisations ouvrant droit à une pleine retraite, est loin de régler définitivement le problème des déficits de l’assurance vieillesse. Nous n’avons cessé de le dire, et Jacques Garello et Georges Lane, et les travaux de l’IREF, sur la base des chiffres fournis par les multiples rapports tant nationaux qu’internationaux, l’ont démontré : les mesures qui se contentent de modifier les paramètres du système de répartition sont incapables d’éviter l’explosion de ce système. Le COR lui-même l’a reconnu. De la sorte, la seule mesure à prendre en urgence est d’amorcer la transition à la capitalisation.

Mais qui ose parler de « capitalisation » ? Laurence Parisot sans doute, et nous l’en avons félicitée. Mais dans les rangs de la classe politique il n’y a qu’une obsession : « sauver la répartition ». Xavier Bertrand, patron de l’UMP, l’a d’ailleurs rappelé avec force : « La répartition est une grande conquête sociale ». Nous aurions utilisé un substantif voisin de « conquête » en reprenant seulement les trois premières lettres. Cette con…quête a été imaginée par le régime de Vichy, et Xavier Bertrand nous fait pleurer sur les pauvres Français qui n’avaient pu préparer leur retraite à cause de la Résistance et de la deuxième guerre mondiale. Combien sont-ils aujourd’hui ? La vérité est qu’il y a eu sabordage de l’assurance privée sous le double effet des désordres économiques créés à partir du Front Populaire et amplifiées par l’Etat français. La répartition est un non-sens économique, puisque l’argent des cotisations n’est pas investi, et ne rapporte aucun intérêt, privant aussi la France d’une épargne abondante. La répartition est un non-sens démographique quand la population vieillit. La répartition est un non-sens démocratique car elle empêche les citoyens de gérer leur patrimoine et constitue une spoliation légale. Est-ce suffisant ?

Il est remarquable que les derniers sondages soumis à la population ne fassent même pas référence à la capitalisation. On demande aux Français quelle réforme aurait leur préférence, en leur offrant le choix entre divers âges, diverses durées de cotisation, différents taux de prélèvements, on n’hésite pas évidemment à leur demander leur sentiment sur la taxation des riches, des banques, des entreprises, mais à aucun moment on ne leur parle de capitalisation. Les sondeurs sont ici en retrait par rapport aux enquêtes qui se sont faites jusqu’à ces derniers mois, et qui aboutissaient à un véritable plébiscite de la capitalisation (L’Humanité elle-même en était consternée, mais donnait les résultats).

La seule consolation, en la matière, c’est que rien n’étant réglé par le recul de l’âge de la retraite, il faudra dans moins d’un an reprendre le débat, et peu à peu on sera bien obligé d’en venir aux choses sérieuses, c'est-à-dire à la réforme systémique, la seule réforme possible. Nicolas Sarkozy et ses acolytes espèrent arriver en 2012 sur la lancée de juin 2010. Ils se trompent : ils seront rattrapés par la réforme des retraites bien plus tôt.

Le 2 Juin 2010

   
 
 
 

 

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