DE BRIC ET DE BROC



Voici un nouveau sommet qui vient de se réunir, celui du BRIC : Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine. Quatre pays émergents majeurs qui constituent sans doute, une partie importante du monde de demain. 44% de la population mondiale (1er, 2°, 5°,9° pays), presque trois milliards d’habitants. 22% du PIB mondial, en parité de pouvoir d’achat. 25% de la surface du monde (1°,3°,5° et 7°).  Tout cela compte et comptera de plus en plus en termes de PIB ou de population, comme en termes d’exportations.

Nous ne sommes pas des inconditionnels, loin de là, des sommets interétatiques. Celui-ci, tenu en Russie, était le premier du genre. Comme toujours, il ne s’y décide pas grand chose et s’il se décide quelque chose, ce n’est jamais très bon, car par définition on débouche sur des analyses et des projets étatiques et interventionnistes.

Mais celui-ci  montre aussi que le monde change. A monde nouveau sommets nouveaux. Ainsi était-on passé du G7 au G8 puis au G20. Il faut s’habituer à compter avec d’autres partenaires de plus en plus puissants. S’il y a des sommets de l’APEC, c’est que le centre de gravité du monde passe de l’Atlantique (Europe-Amérique du nord) vers le Pacifique (Amériques-Asie).

Ensuite, ces sommets, même s’ils ne servent souvent à rien de bon, peuvent servir à faire du mal. La Chine par exemple a persuadé ses partenaires  que le dollar était une grande partie du problème mondial et qu’il fallait « diversifier » le système monétaire international. Le dollar a varié artificiellement au gré des déclarations successives du BRIC. Certes, nous ne sommes pas contre une « diversification » si cela veut dire des vrais changes flottants dans lesquels chacun choisit librement, sans intervention étatique, ses moyens de paiement. Mais ce n’est pas ce que veut le BRIC, qui pense non seulement à la valeur du dollar (ils ont peur pour leurs réserves de change), mais surtout à du pur constructivisme, avec un fonds obligataire du BRIC, permettant de se prêter de l’argent entre eux pour financer certains déficits publics, voire à des changements plus radicaux, donc plus artificiels,  du système monétaire international.

Mais ce qui nous gêne le plus et a expliqué largement les difficultés de ce sommet, c’est que pour se réunir ainsi, il faut avoir des choses en commun : une vision du monde, une dynamique économique, une conception de l’économie de marché.

Or les Russes visent avant tout à sortir de leur isolement politique et à faire leur grand retour sur la scène internationale. Ils recherchent  des alliés politiques pour soutenir leurs incursions militaires à la périphérie de leur zone d’influence. A l’ONU ils ont besoin de partenaires indulgents. La Chine aussi peut avoir besoin d’alliés en cas de soutien de sa part à la Corée du Nord, comme l’Inde en cas de conflit avec le Pakistan : les arrière-pensées politiques ne sont donc pas nulles, même si les intérêts ne sont pas forcément convergents.

Toutefois ce sont les divergences économiques qui sont les plus apparentes. L’Inde a confirmé son choix pour l’économie de marché et l’ouverture commerciale. La Chine a gagné dans cette voie la prospérité, mais elle conserve aussi des structures politico-économiques archaïques, du parti unique aux fortes entreprises publiques, en passant par le manque de liberté. La Russie est restée un pays encore loin de l’état de droit et d’une vraie économie de marché. C’est l’Etat qui possède les entreprises ou qui les pilote par ses hommes politiques. Le Brésil est un pays social-démocrate plutôt modéré, mais l’Amérique latine est en train d’exploser entre les Etats marxistes et les rares pays démocratiques. Il devra choisir entre libéralisme et communisme.

Pour l’instant, le BRIC est ainsi fait de bric et de broc : des tentations politiques pour s’éloigner de l’Occident, voire s’y opposer ; des tentations économiques justifiées, car ce sont de vraies puissances en devenir, des pays émergents, mais qui n’ont pas tous intégré le fait qu’elles ne sont émergentes que lorsqu’elles choisissent les libertés économiques et notamment commerciales et qu’elles retomberont dans la misère si elles retournent à l’étatisme et au socialisme. Nous ne sommes pas sûrs que les quatre pays du BRIC aient tous la même analyse dans tous ces domaines.

Leur désir de peser à court terme sur l’échiquier économique et politique mondial ne devrait pas les égarer : ils ne continueront à progresser dans le long terme qu’en faisant le choix de la liberté.

 

Le 23 juin 2009

   
 

 

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