HADOPI : NOUS AVIONS RAISON



Comme nous sommes modestes, nous n’irons pas jusqu’à dire que le Conseil constitutionnel a validé notre raisonnement, mais il se trouve que dans deux articles successifs, le dernier  tout début mai, nous avions dit que je sujet était complexe, qu’il y avait des arguments recevables de part et d’autre, mais que s’il fallait trancher, c’était la liberté, la liberté responsable, qui devait primer. Nous avions donc condamné ce qu’il y avait de liberticide dans le texte.

Rappelons seulement que dans ce débat sur la protection de la propriété intellectuelle des artistes, pillés sur internet, il y avait effectivement une question de droits de propriété à protéger : aucun libéral conséquent ne saurait balayer d’un revers de main cette question des droits de propriété. Donc il faut faire quelque chose, puisque ce droit est bafoué.

Mais ce qui nous posait un grave problème, c’était d’une part la sanction (couper la connexion internet) et d’autre part l’organisme chargé de le faire (une simple autorité administrative). Or il se trouve que ce sont ces deux points que nous avions soulignés qui ont valu l’annulation d’une partie de la loi Hadopi par le conseil constitutionnel. Nous n’allons pas en tirer gloire, mais nous avions vu juste.

Que dit la décision du Conseil constitutionnel : «  Considérant qu’aux termes de l’article 11 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 : « La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi » ; qu’en l’état actuel des moyens de communication et eu égard au développement généralisée des services de communications au public en ligne ainsi qu’à l’importance prise par ces services pour la participation à la vie démocratique et l’expression des idées et des opinions, ce droit implique la liberté d’accéder à ces services ».

Autre élément : « Considérant que les pouvoirs de sanction institués par les dispositions critiquées habilitent la commission de protection des droits, qui n’est pas une juridiction, à restreindre ou à empêcher l’accès à internet de titulaires d’abonnement » (donc à restreindre l’exercice de la liberté d’expression de l’article 11 de la déclaration de 89) « le législateur ne pouvait, quelles que soient les garanties encadrant le prononcé des sanctions, confier de tels pouvoirs à une autorité administrative… ».

Quelques simples remarques -il est heureux qu’une nouvelle fois le Conseil constitutionnel tranche non en fonction de la seule constitution, mais du bloc constitutionnel, incluant la déclaration des droits de 89.

1° A l’évidence, ces droits fondamentaux définis en 89 sont supérieurs à toute loi de circonstance votée par le parlement et toute contradiction entre les deux doit entraîner l’annulation de la loi comme contraire à la constitution

2° Nous avions raison de contester Cohn-Bendit qui voulait créer un nouveau droit de l’homme, lié à internet. La technique peut changer, mais les droits de l’homme de 89 peuvent couvrir toutes les circonstances nouvelles. Le droit de l’homme, ce n’est pas de communiquer par internet ou par des signaux de fumée, c’est de communiquer. Pas besoin d’en créer de nouveaux, ils sont intemporels. C’est comme ceux qui pensent qu’un nouveau produit créée un nouveau besoin : inventer le téléphone portable n’a pas créé un besoin, mais n’est qu’une nouvelle réponse technique au besoin éternel de l’homme de communiquer avec ses semblables. Mettre en avant le rôle premier de la technique (l’infrastructure), c’est avoir gardé une vision marxiste de l’histoire : l’infrastructure serait première, la superstructure n’en serait que la conséquence. Sur ce point, Cohn-Bendit est bien resté un néo-marxiste soixante-huitard.

3° Enfin, nous sommes heureux qu’une nouvelle fois la Cour suprême française rappelle que seuls les tribunaux sont habilités à prendre des sanctions, et non une simple autorité administrative. Il y va de l’indépendance de la justice et de l’état de droit. Si on laisse se développer les sanctions prises par ces autorités administratives, c’est le fondement même de nos libertés qui est menacé.

Le 20 juin 2009

   
 

 

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