VERS UN SMIC EUROPEEN ?


Pendant la campagne électorale, on a entendu parler de l’Europe sociale, et les candidats les plus radicaux ont plaidé pour la mise en place d’un SMIC européen. Maintenant que les élections ont eu lieu, il leur faudra revenir sur terre et faire preuve d’un peu plus de réalisme. L’Express.fr nous a aidés à y voir plus clair en publiant un état des lieux sur cette question.

La première constatation, qui étonnera beaucoup les Français, laissés dans l’ignorance, c’est que le SMIC n’est pas la règle générale. Certes, 20 pays de l’Union européenne ont un SMIC, mais cela signifie que 7 d’entre eux n’en ont pas : l’Allemagne, l’Autriche, Chypre, le Danemark, la Finlande, l’Italie et la Suède : il s’agit de pays qui, souvent, ont pourtant été gouvernés par la gauche sociale-démocrate, voire qui le sont encore. Certes, il y a parfois un salaire minimum dans certains secteurs, comme la poste en Allemagne, mais ce n’est plus du tout la même chose  d’ailleurs ce SMIC  est généralement déterminé par accord entre partenaires sociaux du secteur considéré.

Ensuite, l’Express fait observer que dans les 20 pays ayant un SMIC, il n’y a aucune harmonisation, chacun ayant sa propre règle de calcul et son propre niveau. Parfois, c’est 50% du salaire moyen, parfois 30% ou moins. On ne sera pas surpris de voir que c’est en France que le SMIC est le plus proche du salaire moyen, écrasant la hiérarchie des salaires et freinant toute incitation à progresser. Résultat : 14% des salariés en France touchent le SMIC et 0,8% en Espagne ! C’est toute la différence entre une sorte de « filet social » et un véritable instrument de la politique des revenus.

Le taux horaire du SMIC varie dans des proportions considérables, de moins d'un euro en Bulgarie à presque 10 au Luxembourg : on peut dire sans risque de se tromper que le SMIC européen n’est pas pour demain, sauf à ruiner les trois quarts des pays européens, provoquant des dizaines de millions de chômeurs. Comment la Bulgarie ou la Roumanie, autour de un euro, ou la Pologne et la Slovénie, bien en dessous de 4, pourraient-elles survivre à un SMIC à la française ou à la luxembourgeoise, entre 8 et 10 euros environ ?

Mieux encore, si l’on tient compte non du niveau horaire, mais du salaire lui-même, l’écart varie de 1 à 13 : ce n’est pas tout à fait l’harmonisation sociale rêvée par certains. Même si l’on corrige du niveau des prix, l’écart va toujours de 1 à 6. Notons d’ailleurs que lors de la campagne européenne, les divers « souverainistes » ont juré leurs grands dieux qu’ils ne visaient que les pays émergents d’Asie ou d’ailleurs, et pas nos partenaires européens : pas question de protectionnisme avec eux. Pourtant, un écart de SMIC de 1 à 10 ou 13, ce n’est pas rien. Pourquoi avoir peur de commercer avec la Chine, sous prétexte que les salaires y sont plus bas que chez nous, et accepter sans état d’âme de le faire avec la Roumanie ou la Bulgarie, puisqu’ils font partie des 27 ? Si les écarts de salaires empêchent le libre commerce et une concurrence équitable, il faut aller jusqu’au bout et fermer la France aux produits anglais ou espagnols, puisque le SMIC y est plus faible, sans parler des pays d’Europe de l’Est.

Les hommes politiques les plus raisonnables ont compris qu’il ne saurait être question d’un SMIC européen : les pays les moins développés des 27 n’en voudraient à aucun prix ; ils ne veulent pas se suicider. Mais pourquoi alors nos hommes politiques ne comprennent-ils pas que ce qui est absurde pour l’Europe (un même SMIC) est tout aussi absurde pour la France ? Comment justifier un même SMIC au nord et au sud, à l’est et à l’ouest, dans les services et dans l’automobile, dans l’agriculture et dans le bâtiment, dans une PME et dans une multinationale ? Nos hommes politiques doivent poursuivre, grâce à leurs discussions avec les autres députés européens, leur réflexion : ce n’est pas seulement le SMIC européen qui est absurde ; c’est le SMIC, au moins dans sa version française. La règle, ce doit être la liberté contractuelle. Si on veut vraiment un SMIC, il doit varier suivant les branches et les régions et être un simple filet social.

Le 17 juin 2009

   
 

 

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