QU’EST-CE QUI VA CHANGER EN EUROPE ?


Les élections « européennes » ont donné quelques enseignements sur le paysage politique français, mais vont-elles avoir une influence réelle sur l’avenir immédiat de l’Europe ?

S’agissant de leur dimension nationale, l’importance des abstentions, la poussée des verts, l’enfoncement des socialistes et du Modem ont été relevés à juste titre. L’UMP affiche sa satisfaction, mais la « majorité présidentielle » représente un électeur sur neuf : 28% de 40% cela doit faire en effet 11,2% du corps électoral. La popularité et la représentativité d’une formation bénéficiant de tous les moyens de communication sont donc assez modestes. Quant aux Verts, ils ont non seulement bénéficié du transfuge d’électeurs du PS et du MODEM, mais aussi de l’impact médiatique du film « Home », ce beau morceau de propagande de Al Gore, et des réchauffistes français. La France est en plein développement durable.

 

Les quelque soixante dix députés français vont retrouver un parlement dont l’orientation générale aura changé. La « droite » a remporté les élections en Allemagne, en Italie, en Espagne, en Hollande, en Angleterre, et les socialistes ont été très affaiblis, tandis que les Verts compteront une soixantaine de siège.

Quels dossiers attendent les nouveaux parlementaires ?

1° le renouvellement de Jose Manuel Barroso ; le président de la Commission était la cible de la gauche et des socio-démocrates. Certes ce n’est pas le Parlement qui doit se prononcer sur un nouveau mandat, mais le Conseil des Ministres. Mais celui-ci pourrait-il ignorer les résultats et renvoyer Barroso, jugé trop libéral ? On donne désormais Barroso reconduit.

2° le plan de financement de la relance européenne : le Parlement, là encore, n’a guère le pouvoir d’imposer le lancement d’un grand emprunt européen, d’ailleurs la nouvelle majorité lui semble maintenant opposée – les esprits ont évolué depuis le G 20.

3° l’entrée de la Turquie : le « non » à la Turquie a assuré un grand succès à la droite française, et a mis la gauche en difficulté. Cependant, le Parlement européen peut difficilement mettre fin au processus d’adhésion. On verra sans doute la pression turque s’intensifier sur les nouveaux élus, Istanbul ayant reçu le soutien d’Obama.

4° les pouvoirs du Parlement ne seront pas radicalement modifiés tant que le traité de Lisbonne ne sera pas ratifié ; le Parlement devra donc être en attente des réponses des Irlandais, Tchèques et Polonais, et des recours introduits en Allemagne et Belgique.

 

Il serait donc très audacieux de conclure à un véritable bouleversement européen. Les députés français peuvent-ils modifier la donne ? Ceux que l’on dit « de droite » auront des consignes en nette contradiction avec les orientations du PPE, auquel ils vont sans doute adhérer :

1° Ils veulent une politique européenne de relance, les autres s’en méfient.

2° Ils se présentent comme les reconstructeurs de la finance et de sa moralité, ils veulent mener croisade contre les paradis fiscaux, les autres sont très réservés sur cette aventure.

3° Ils veulent créer une taxe à l’importation sur le CO2 pour lutter contre le « dumping écologique » : les produits en provenance de pays qui émettent trop de dioxyde de carbone seront frappés d’une taxe.

De façon plus générale, les Français veulent exporter le Grenelle de l’environnement, et ils n’ont rien à envier à Daniel Cohn Bendit et José Bové s’agissant de bâtir l’Europe Verte, c'est-à-dire l’Europe Rouge.

En fait, contrairement aux souhaits des « Européistes » le sort de l’Europe ne se joue pas au Parlement. Le choix décisif n’a pas été fait entre l’Europe espace et l’Europe puissance, faute d’un consensus de tous les pays de l’Union. Ce choix n’a pas été vraiment présenté aux électeurs européens.

 

 

Jacques Garello

Le 9 juin 2009  

         
 
  


 

 

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