L'INDE VOTE POUR LA POURSUITE DES REFORMES LIBÉRALES


La vie politique indienne est assez complexe, surtout pour un Européen, et des notions comme droite/gauche n’ont pas forcément leur place ici. C’est pourtant un sujet important : l'Inde est la plus grande démocratie du monde, c'est aussi un pays émergent, en plein dynamisme économique, qui, en dépit de la crise, aura tout de même 6% de croissance cette année.

Le parti du Congrès, qui est au pouvoir, avait longtemps pratiqué une politique qu’on peut qualifier de socialiste (nationalisations, interventionnisme systématique, protectionnisme, quasi-planification,…), avec en outre un soi-disant non-alignement en politique étrangère qui en faisait en fait un proche allié de Moscou du temps de l’ex-URSS. L’Inde était quasiment en faillite au début des années 90.

C’est l’actuel premier ministre, Manmohan Singh, qui a contribué à sortir son pays de la misère. Cet économiste, diplômé d’Oxford, puis de Cambridge, a mis en œuvre une libéralisation de l’économie indienne, qui en a fait en quelques années un pays émergent. Même la Banque mondiale doit reconnaître que plus de 300 millions de personnes sont sorties de l’extrême pauvreté. A la tête du ministère des finances, il a transformé l’Inde en économie de marché, ouvert les frontières pour participer à la mondialisation, en supprimant les obstacles aux échanges, facilité la création d’entreprises, jusque là très réglementée, largement privatisé.

On a pu parler de miracle indien, mais le miracle a toujours la même origine : la libéralisation de l’économie. A la surprise générale, il est ensuite devenu premier ministre, alors qu’on le qualifiait certes de bon ministre, mais de mauvais communiquant, parfois même inaudible en public. Mais il avait la compétence et sa nomination en 2004 avait permis la poursuite des réformes. Cependant, son parti était loin d’avoir la majorité absolue et il n’a pu gouverner qu’avec le soutien de l’extrême-gauche et en particulier du parti communiste. Inutile de dire que le PC a fait payer cher son soutien, et a tout fait pour freiner les réformes libérales. Mais le premier ministre a globalement tenu bon.

Les élections qui viennent d’avoir lieu marquent un grand succès de son parti, le Congrès, qui passe  de 145 sièges à 206, tandis que l’extrême-gauche, dont il n’a plus besoin (il lui suffira du soutien de quelques partis régionaux) recule de 59 à 23 sièges. C'est une bonne affaire pour les Indiens, ils ont voté pour la poursuite des réformes, en dépit de la crise et de la démagogie des adversaires de Singh, et ils ont réduit les marxistes à l'impuissance. Le discours anticapitaliste des partis d’extrême-gauche n’a pas eu l’écho attendu.

En fait, le principal adversaire de Singh a été le BJP, parti nationaliste hindou. C'est une toute autre chose : ce parti est  proche du fondamentalisme religieux et propose des politiques fondées sur la caste et sur la religion hindoue, conçue dans une optique étroite et sectaire (il suffit de penser aux émeutes, notamment contre les chrétiens). La BJP passe de 138 à 116 sièges et subit un grave échec, avec moitié moins de sièges que les amis du premier ministre.

On peut certes discuter tel ou tel élément de sa politique, car l’Inde est un pays à la fois grand, divers et complexe, mais elle est indiscutablement libérale. Mais, sans aucun doute, le peuple s'est prononcé pour l’ouverture des frontières, pour l’économie de marché : les Indiens ont compris comment ils étaient sortis de la misère.

Ce résultat a surpris les "observateurs" étrangers. Ils pronostiquaient une défaite ou à la limite une courte victoire du parti au pouvoir, expliquant que les électeurs allaient attribuer la crise (toute relative en Inde,  mais la croissance est effectivement tombée de 9% à 6%) au libéralisme : ils se sont tous trompés. Les électeurs sont parfois plus lucides qu’on ne le pense.

Résultat : on parle non seulement de poursuite, mais d’accentuation des réformes libérales, et notamment du développement de la concurrence dans le commerce, la distribution, l’assurance, ainsi que de la réduction des subventions données par l’Etat. Bonne nouvelle pour l’Inde, mais aussi pour tous les pays émergents, qui voient, en Chine comme en Inde, que le capitalisme conduit au succès. En Inde, il restera encore à persuader les paysans que leur avenir passe par le marché. Ici comme ailleurs,  ce ne sera pas le plus facile.

 

 

 

Le 3 juin 2009

   
 
  

 

Imprimer cette page