TAXER TOTAL POUR FAIRE BAISSER LE PRIX DE L’ESSENCE
La discussion qui se poursuit en France
depuis au moins deux semaines sur le prix du pétrole est tout à fait hallucinante.
Nous ne parlons pas seulement du refus de la loi de l’offre et la demande
que Jacques GARELLO visait dans un récent éditorial. Nous songeons aussi
au récent débat sur la taxation de Total. Il comporte tellement de contresens
que nous ne pouvons que sélectionner les plus évidents :
Contresens
sur le profit.
L’inimitable Ségolène ROYAL juge que les profits de Total sont « un
bien collectif ». Elle n’a donc rien compris, rien appris. Les salariés
ont reçu leurs salaires, les obligataires leur intérêt, le reste est un
profit qui rémunère les actionnaires et entrepreneurs : cela n’a
rien de collectif. Certes, on peut trouver le marché pétrolier trop peu
concurrentiel, Total trop proche des divers pouvoirs politiques, mais
cela n’enlève rien au fait que le profit n’a rien d’un bien collectif,
expression qui d’ailleurs ne veut rien dire. Le « libéral »
DELANOË ne vaut pas mieux quand il dit que Total « se goinfre ».
Contresens
sur l’utilisation des profits :
le profit sert avant tout à l’investissement et Total a investi 12,2 milliards
d’euros environ cette année, pour un profit de 12 milliards : il
a plus investi qu’il n’a eu de profit. Supprimons les profits et l’essentiel
de l’investissement, qui prépare l’avenir (nouvelles réserves de pétrole,
énergies alternatives) disparaîtra.
Contresens
sur la taxation. Proposer
de taxer Total est en soi une expression grotesque, puisque Total, comme
n’importe quelle entreprise en France, est déjà taxée et surtaxée. Pour
en rester aux seuls profits, l’impôt sur les bénéfices des sociétés est
l’un des plus élevés du monde avec un taux de 33%. C’est l’Etat qui est
le bénéficiaire numéro un des profits de Total. Taxer à 33%, c’est déjà
défavoriser Total par rapport à ses concurrents. Proposer une taxe supplémentaire,
c’est l’enfoncer un peu plus. C’est l’inciter surtout à se délocaliser
sous des cieux fiscalement plus cléments.
Contresens
sur la prime à la cuve.
Le principe est en soi contestable : pourquoi subventionner certains
consommateurs, sur quelle base arbitraire ? Et pourquoi en faire
payer le prix non à l’impôt en général, mais à une entreprise en particulier,
affectant ainsi directement une recette à une dépense, ce qui est contraire
à toutes les traditions financières. Total se prête à ce jeu, tant pis
pour elle, mais la convocation de ses dirigeants par Madame LAGARDE frise
le ridicule, ou pire encore l’autocratisme dirigiste.
Contresens
enfin sur le prix du pétrole.
Même avec la hausse actuelle (accentuée par le cartel de l’OPEP, nous
en sommes conscients, mais freinée par la hausse de l’euro), l’essentiel
du prix des dérivés pétroliers est constitué de taxes, en moyenne pour
plus de 60%.(40 milliards d’euros de taxes). Proposer de nouvelles taxes,
même si elles ne sont pas sur le produit, mais sur l’entreprise qui vend
le produit, c’est le meilleur moyen de faire monter et non baisser les
prix. Il n’y a que les Français pour croire qu’un impôt supplémentaire
peut faire baisser les prix !
N’y a-t-il donc rien à faire ? Il faut
d’abord rendre le marché pétrolier plus concurrentiel : briser le
cartel de l’OPEP et ses restrictions artificielles par les quotas ;
rendre les prix véritablement libres ; réduire, sinon supprimer,
les taxes qui ne servent qu’à accroître brutalement le prix (le prix de
l’essence hors taxe est en France un des plus faibles ; il est un
des plus élevé toutes taxes comprises). Laisser les entreprises utiliser
librement leurs profits : elles investiront encore plus dans la recherche,
dans les nouveaux puits de pétrole, dans les énergies alternatives. Et
laisser les vrais prix provoquer les véritables décisions nécessaires
à long terme : si le prix du pétrole monte en raison des raretés
futures (et un jour de sa disparition), c’est pour que d’autres sources
d’énergie soient ainsi stimulées et deviennent rentables : la hausse
du prix est un signal nécessaire pour faire évoluer l’offre. Mais tout
cela est sans doute trop subtil pour les technocrates qui nous gouvernent.
Il est beaucoup plus simple de crier au scandale et de taxer les méchants
capitalistes.
Le 25 juin 2008
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