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Affolement
dans le monde de l’édition et de la librairie. Le Monde titre à la une
« Des députés s’attaquent au prix unique du livre ». Et encore
« Offensive parlementaire contre le prix unique du livre »,
« Un amendement déposé par deux députés révolte le secteur ».
Le Figaro n’est pas en reste et parle de la « sacro-sainte »
loi LANG. Celle-ci porte, rappelons-le, sur le prix unique du livre :
pas de concurrence par les prix dans ce secteur, le rabais maximum autorisé
étant de 5%. Elle avait été adoptée en 1981 à l’unanimité des députés.
C’est dire que ce texte fait partie des tables de la loi. Touche pas à
ma loi LANG est le mot d’ordre général. Ce
texte jusqu’à maintenant n’était pas discuté par la classe politique.
Il paraît qu’il avait été pris pour modèle à l’étranger et Le Monde nous
informe qu’il s’agissait au fond de la « première loi de développement
durable ». Le rapport ATTALI, qui contient quelques propositions
intéressantes en matière de concurrence et de liberté des prix,.n’avait
pas osé remettre en cause cette loi. A Michel-Edouard LECLERC qui s’en
étonnait ATTALI avait répondu que la commission et lui-même étaient « favorables
au maintien de la loi LANG ». Or
voilà qu’à l’occasion du débat sur la Loi de Modernisation de l’Economie
(LME), deux courageux députés, Jean DIONIS DU SEJOUR (Nouveau centre,
Lot et Garonne) et Christian KERT (UMP, Bouches du Rhône) ont brisé ce
beau consensus et déposé un amendement, prévoyant non la liberté totale,
mais de réduire de deux ans à six mois le délai avant lequel il est interdit
de pratiquer des rabais supérieur à 5% sur le prix des livres. On le voit,
ce n’était pas vraiment « l’ultra-libéralisme ». Bien entendu,
ce redoutable amendement a été rejeté en commission, mais l’un des députés
l’a adouci et maintenu en séance, en proposant de faire passer le délai
autorisant les rabais de deux ans à un an (au lieu de six mois dans l’amendement
initial). Bien entendu, nous n’avons pas d’illusion sur la suite des événements. Ce
qui est intéressant, ce sont les réactions indignées. La société des gens
de lettres, le syndicat national de l’édition, le syndicat de la librairie
française ont écrit au ministre de la culture. Un tel amendement « amorcerait
un bouleversement total du marché du livre, dont les seuls bénéficiaires
seraient quelques grands acteurs de la distribution ». Les librairies
indépendantes ne pourraient résister à la présence d’un marché de solde
dans les grandes surfaces et sur Internet. Les achats de nouveautés seraient
reportés, pénalisant les éditeurs. Certes,
on pourrait faire observer que la baisse des prix constituerait un avantage
pour le client et le directeur d’Amazon ne manque pas de souligner que
les livres sont trop chers et que le marché du livre serait stimulé. N’oublions
pas d’ailleurs que la Cour de cassation a estimé que la gratuité du port,
pratiquée par de nombreux libraires en ligne, n’était pas illégale et
ne constituait pas une concurrence déloyale. Cela va dans le même sens
que la baisse du prix. Faux,
répondent les éditeurs. GALLIMARD va jusqu’à dire que la loi LANG n’empêche
pas la concurrence et ne lèse pas le consommateur. Un autre pense que
les livres ne sont pas assez chers. Un troisième affirme que « la
suppression de la loi LANG entraînerait une explosion du prix du livre ».
Chacun sait bien en effet que la concurrence fait monter les prix. Bref,
le consommateur a tout à perdre à la déréglementation. Cela n’a pas empêché
DIONIS DU SEJOUR de déclarer la mesure écologique, car elle « devrait
permettre de réduire le nombre extrêmement élevé de livres invendus détruits
chaque année en France ». Réponse pleine de tact du PDG de Flammarion :
« Un argument digne d’un évadé de l’asile de Charenton ». Tout
cela n’est pas sérieux. Bien évidemment, concurrence et liberté des prix
bénéficient toujours au client. Il est vrai qu’une telle liberté sera
exigeante pour les librairies indépendantes (c’est le même problème que
la liberté d’installation et de prix des grandes surfaces par rapport
au petit commerce). Mais les vrais libraires professionnels (nous en connaissons
parmi les amis fidèles de la Nouvelle Lettre) apportent un plus considérable
aux clients, un conseil personnalisé, des recherches effectives, que le
client est prêt à payer à son vrai prix. La différence de prix est alors
compensée par la qualité du service rendu. C’est aussi cela la concurrence. Le 12 juin 2008
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