HUIT QUESTIONS SUR LA TVA SOCIALE


Le président ne cache pas son attachement à la TVA sociale. Bien qu’il ait déploré les « indiscrétions » de Jean Louis BORLOO qui ont certainement pesé dans la médiocrité des résultats du deuxième tour, et bien qu’il ait mis provisoirement un coup d’arrêt à la mise en étude sinon en application de cette réforme, il a développé pendant son entretien télévisé les arguments qui plaident en sa faveur.

Nous ne croyons pas que beaucoup de libéraux aient été convaincus, mais comme nous sommes gens de dialogue, nous donnerons notre avis quand nous connaîtrons la réponse à quelques questions qui nous paraissent non seulement de bon sens, mais encore conformes à la science économique.

1° question : si les charges sociales représentent un tel surcoût pour les entreprises françaises, n’y a-t-il aucun autre moyen de les diminuer qu’en augmentant les impôts ? Déplacer la base des cotisations est-ce mieux que de diminuer les cotisations ? La Sécurité Sociale serait-elle un tel patrimoine national que personne n’oserait y toucher, alors même que son organisation de monopole public et son système de répartition conduisent les assujettis à la ruine ?

2° question : qui a précisément intérêt à « sauver la Sécurité Sociale », cette antienne nationale dont personne ne connaît plus le sens ?

3° question : si la réforme introduite aujourd’hui ne suffit pas à couvrir sans dommage les déficits des caisses et la dette sociale, va-t-on y ajouter quelque autre innovation fiscale ? Après la CSG, la CRDS, la TVA sociale , quelle sera la prochaine étape ? Quelques points de plus encore pour la TVA ? On nous dit que la réforme Fillon aura sécurisé le système des retraites jusqu’en 2.020. Est-ce si sûr ? Et que se passe-t-il après 2020 ? Question à poser aussi à ceux qui ont aujourd’hui quarante cinq ans et moins.

4° question : le renouveau de l’économie allemande est-elle due à la TVA sociale ou aux lois Artz qui ont totalement libéré le marché du travail ? Pour l’emploi et la compétitivité des entreprises le poids de la réglementation n’est-il pas aussi important que le poids des charges ? Les entreprises françaises qui se délocalisent sont-elles seulement en quête d’un coût direct du travail inférieur, ou d’une sécurité juridique et fiscale qu’elles n’ont pas en France ? Si on fuit le percepteur ou l’URSSAF, ne fuit-on pas également l’impôt sur les résultats, sur les investissements, l’inspection du travail et la CGT ?

5° question : le gouvernement donne-t-il volontairement l’impression de vouloir satisfaire les doléances du patronat, alors que ce qui est en jeu c’est le pouvoir d’achat des salariés ? Réduire les charges, est-ce seulement diminuer le coût du travail, ou avant tout rendre au salarié son salaire complet, la vraie valeur de son travail, et lui donner la liberté de sa couverture sociale à meilleur compte ?

6° question : quelles sont les ressources de productivité qui permettront aux entreprises françaises de diminuer leurs prix de vente d’un montant égal à la réduction de leurs charges ?

7° question : si les prix français sont abaissés pour nos exportateurs, cette TVA sociale n’est-elle pas assimilable à une « dévaluation compétitive », et nos partenaires, notamment  européens, ne prendraient-ils aucune mesure de rétorsion ? Où est le discours naguère en honneur sur le « dumping fiscal » ?

8° question : fiscaliser la protection sociale, n’est ce pas lui ôter toute dimension assurancielle et mutuelle, et déconnecter complètement la prime d’assurance de la couverture du risque ? N’est ce pas un degré de plus dans l’irresponsabilité et l’opacité d’un système déjà bureaucratique ?

On pourrait ajouter à la liste de ces questions, notamment sur les points techniques du reversement à l’URSSAF de sommes versés au Trésor Public et sur la complexité comptable que les entreprises devront affronter. Pour l’instant nous sommes surpris du consensus qui semble régner dans la majorité actuelle, pendant qu’on offre à la gauche une magnifique occasion de déconsidérer l’esprit de réforme qui semble animer le Président et sa majorité. Trop de dépenses publiques, c’est trop d’impôts. Trop de dépenses sociales c’est trop de charges. Une question qui les résume toutes : pourquoi ne pas regarder du côté de la dépense ?

Le 27 juin 2007 

 

 

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