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Les chiffres
publiés par l’INSEE sur les comptes financiers de la nation et commentés
par la Banque de France ont suscité l’inquiétude : les ménages, à
leur tour, ne sont-ils pas trop endettés ? La dette des ménages français
représente 64% du revenu disponible brut, niveau le plus élevé jamais
observé en France. L’endettement s’accélère : après avoir progressé
de 9,9% en 2004, il a progressé de 10,5% en 2005. Enfin, la dette des
ménages représente désormais 435% de l’épargne brute de ceux-ci. A quoi sert
cette dette ? Pour l’essentiel à acheter ou à construire les logements.
Les crédits à court terme, qui concernent essentiellement l’achat d’équipements
ménagers ou d’automobiles, ne représentent plus que 4,5% de l’encours
total de la dette des ménages. Bien entendu, la hausse des prix de l’immobilier explique largement cette progression de la dette
des ménages. Sur l’ensemble
de ces ménages endettés, il y en a certainement quelques uns qui ont été
au-delà du raisonnable ; ce sont les fameux ménages surendettés,
pour lesquels ont été mises en place des procédures spécifiques. Cela
provient d’un manque de sens des responsabilités de la part des emprunteurs
qui, en général pour acheter des biens de consommation durables, multiplient
les emprunts au-delà de leurs capacités de remboursement. Peut-être aussi
certaines banques, gardant des habitudes héritées du temps des nationalisations,
ont-elles été insuffisamment regardantes dans l’attribution des prêts.
Mais cela ne représente qu’une petite minorité de ménages. Mais pour les
autres, faut-il s’inquiéter de ce niveau élevé de l’endettement ?
Et faut-il, comme le font certains un peu vite, mettre sur le même plan
cet endettement des ménages et celui des administrations qui atteint environ,
lui aussi, 65% du PIB ? Il y a des différences radicales. Tout d’abord
un ménage a des revenus réguliers qui proviennent de son activité, ce
qui le rend responsable dans ses choix : c’est ce ménage qui devra
rembourser dix ou quinze ans plus tard. Les administrations n’ont que
des revenus de transferts et le remboursement se fera dans dix ou quinze
ans avec au pouvoir une autre équipe gouvernementale qui ponctionnera
les citoyens contribuables : le coût est reporté sur la génération
suivante, par le biais des impôts : mécanisme irresponsable. Mais surtout,
à quoi sert l’endettement public actuellement ? A payer des dépenses
de fonctionnement : salaires des fonctionnaires, subventions diverses,
allocations-chômage ou maladie. C'est-à-dire des dépenses
courantes d’aujourd’hui. Or le ménage pour sa part n’emprunte pas en général
pour aller faire ses courses au supermarché ou pour payer sa femme de
ménage. Il emprunte pour acheter une maison ou un appartement, c'est-à-dire
un investissement qui a une valeur durable et qui sera encore là à la
fin du remboursement. S’il survenait un incident de paiement, le bien
immobilier pourrait être vendu en dernier ressort. L’Etat
lui ne fait rien de tel et les sommes empruntées dans leur majorité tombent
dans le trou des dépenses de fonctionnement courantes. Voilà pourquoi
l’endettement des ménages ne doit pas nous inquiéter : c’est un acte
d’anticipation par lequel on finance un investissement réel, qui a une
valeur durable, par le mécanisme du crédit. Par contre, il faut s’inquiéter
de l’endettement de l’Etat qui finance des dépenses
de fonctionnement courantes et en reporte la charge sur la génération
suivante de contribuables. C’est toute la différence entre un endettement
responsable et un endettement irresponsable.
Le 7 Juin 2006
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