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Il y a moins de quatre ans, le gouvernement (RAFFARIN) avait adopté un décret interdisant la location des chambres de bonnes, au nom de considérations sociales bien entendues. Que s’est-il alors passé ? Ce qui était prévisible : ces chambres de bonnes, qui étaient jusque là louées officiellement, sont tombées dans l’économie souterraine et le marché noir, avec moins de garanties pour les locataires comme pour les propriétaires et avec l’impossibilité de toucher des allocations logement : un grand progrès social, on le voit. Et une disparition du marché d’un certain nombre de ces chambres, accentuant la crise du logement, qui n’est provoquée, comme nous l’avons déjà démontré, que par des mesures étatiques.
Quatre ans plus tard, à l’occasion des mesures sur les emplois services, le gouvernement présente un projet qui permettra à nouveau de louer en toute légalité des chambres de bonne d’une superficie comprise entre 7 et 9 mètres carrés. Locataires et propriétaires se sont ainsi réjouis de cette libération des chambres de bonnes. Il leur faudra déchanter car la libération est toute conditionnelle. Comme le souligne le Figaro : « Un pas en avant, deux en arrière ». Car ce gouvernement met un point d’honneur à ne pas prendre des mesures qui pourraient passer pour tant soit peu libérales.
Qu’on se rassure sur ce point, comme on peut en juger : il ne sera possible de louer ces chambres de bonnes qu’à des étudiants ou à des personnes « très défavorisées ». Les bailleurs devront obligatoirement passer par l’intermédiaire des Crous (Conseil régional des oeuvres universitaires) ou par des associations d’insertion et de lutte contre l’exclusion. Cela revient à exclure de la transaction la plupart des professionnels de l’immobilier. Le Président de la fédération nationale des agents immobiliers déclare au Figaro : « Les administrateurs de biens ne pourront plus intervenir sur ce marché ». Etrange libéralisation.
Le ministre délégué au logement et à la ville veut aller vite et faire voter la loi avant fin juin « afin que tout soit prêt pour la rentrée ». Il espère ainsi remettre de nombreux logements sur le marché. Mais il y avait une manière plus simple de procéder, au lieu de monter toute une usine à gaz. Il suffisait de déclarer que la location de chambres de bonnes était désormais libre.
Inutile de dire qu’avec toutes ces restrictions, les professionnels restent très sceptiques. Le Président de la chambre des notaires de Paris parle d’une simple « opération de communication ». « On ne fait que légaliser une situation qui existait déjà ». Cela ne fera que faire réapparaître sur le marché officiel ce qui existait déjà sur le marché clandestin.
Cette affaire est certes mineure et ne concerne qu’une petite partie du parc immobilier. Mais elle est révélatrice de la façon de procéder du gouvernement. On prend une mesure d’interdiction, totalement absurde et injustifiée. Puis, face au marché noir, on essaie de colmater les brèches. Mais on le fait d’une façon encore plus arbitraire et étatiste. Ce qui ne fera qu’aggraver le problème, puisque de nombreux locataires potentiels seront écartés du marché (ils ne correspondent pas aux critères définis par l’Etat), puisque les propriétaires perdent largement toute liberté (pour répondre aux critères de décence, il faudra loger un lit, un bureau, une kitchenette et une salle d’eau, et il faudra passer par un organisme comme le Crous) et que les intermédiaires, qui permettent à l’offre et à la demande de se rencontrer, sont exclus du marché.
La politique du logement ne change pas. Elle a toujours été et reste étatiste, avec en outre des prix administrés. C’est la façon la plus sûre de provoquer une crise du logement. Libérons non seulement les chambres de bonnes, mais encore l’ensemble des logements, et les locataires trouveront de quoi se loger dans des conditions décentes. Continuons la politique interventionniste et socialiste et ce sera, comme toujours, le moyen le plus sûr de créer une pénurie artificielle. Pour le plus grand malheur des locataires, qui se trouveront à la rue.
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