INDE : LE CONGRES PASSE, LE DEVELOPPEMENT TREPASSE



La situation politique en Inde est complexe et les réseaux politiques n’obéissent pas toujours à nos normes occidentales. Le poids des castes est toujours important. La situation économique, elle, est claire et nous y avions consacré un article de conjoncture. D’un côté l’Inde décolle dans des secteurs entiers, ouverts à la concurrence étrangère (comme les services informatiques) et une classe moyenne se forme peu à peu. De l’autre, l’héritage politique est lourd et se fait encore sentir dans le poids de l’Etat, du secteur public et des mécanismes étatiques en général.

 

D’où vient ce poids de l’Etat, cet interventionnisme encore très présent ? Du fameux parti du Congrès, celui qui a conduit l’Inde à l’indépendance, celui de la dynastie Nehru et aujourd’hui Gandhi. Or ce parti n’exerçait plus le pouvoir, longtemps aux mains des nationalistes hindous. Certes, ceux-ci n’étaient pas des libéraux inconditionnels, mais ils avaient conduit l’Inde sur le chemin des réformes et surtout devaient aller beaucoup plus loin dans la législature suivante, notamment en matière de privatisation. Il est vrai que les membres les plus nationalistes du parti s’inquiétaient de voir les entreprises privatisées « livrées aux étrangers », mais la majorité du parti suivait la politique de privatisation. Celle-ci devait même s’amplifier.

 

Les électeurs en ont décidé autrement. Le fait que la veuve de Rajiv GANDHI ait dû renoncer à devenir premier ministre, sans doute parce qu’elle est d’origine italienne, n’est qu’un épiphénomène et ne doit pas cacher la question de fond : c’est la gauche socialiste qui revient au pouvoir en Inde.

Mais le parti du Congrès a besoin d’alliés et il a donc engagé des négociations avec les divers partis communistes, le parti communiste d’Inde (CPI) et le parti communiste d’Inde-marxiste (CPI-M). Deux partis qui sont restés très staliniens et qui mettent leurs conditions, soit pour participer au gouvernement, soit simplement pour le soutenir au Parlement. Ces partis sont puissants et bien implantés dans plusieurs Etats, détenant même le pouvoir au Bengale occidental.

 

L’importance de ces marxistes, purs et durs, dans la future coalition, leur appui quasi-inconditionnel au Congrès, même s’ils font monter les enchères en ayant en vue les prochaines élections locales, ont inquiété à juste titre les milieux économiques. La bourse même perdu 17,5% et les cotations ont dû être suspendues deux fois.

 

La bourse ne s’est pas trompée, car le retour au pouvoir du Congrès, surtout s’il doit se reposer sur les partis marxistes, signifierait la fin des réformes économiques et le retour au socialisme, qui avait entraîné l’Inde dans la misère la plus grande. La politique libérale, du moins menée dans certains secteurs, qui avait été suivie par le gouvernement précédent, avait permis à l’Inde de décoller, avec une croissance proche de 10%, à la chinoise. Tout cela est-il remis en question ? Il est sûr en tous cas que le Congrès n’est pas libéral et les PC qui le soutiennent encore moins, évidemment.

 

A titre d’exemple, le CPI a posé comme première revendication la fermeture du ministère des privatisations. Cela suffit à donner un avant-goût de la suite. Il serait dommage, surtout pour les plus démunis des Indiens, de gâcher le décollage économique, en raison de l’archaïsme du parti du Congrès et de la présence de quelques dinosaures marxistes, qui prétendent tout contrôler. Seul bémol : le favori de Sonia GANDHI pour la remplacer comme premier ministre était Manmohan SINGH, qui avait lancé les premières réformes économiques. C’est lui qui a finalement été nommé. Il apparaît comme plus réformateur, sinon libéral, que les GANDHI. Mais saura-t-il résister aux pressions de son aile gauche et surtout des PC ?


Le 2 juin 2004

 
   

 

Imprimer cette page