L’AMERIQUE RETROUVE LE CHEMIN DE L’EMPLOI


 

On connaissait déjà, depuis plusieurs trimestres, l’ampleur de la reprise économique aux Etats-Unis. La croissance sera supérieure à 4%, en 2004, comme elle l’était déjà en 2003 (avec des pointes à plus de 8%). L’Amérique est plus proche de la Chine ou de l’Inde que de la vieille Europe et en particulier de la France. Mais il y avait un bémol, face à cette reprise : il s’agissait d’une croissance sans emploi. Les uns mettaient en cause les délocalisations ; les autres les gains considérables de productivité comme si, au total, la productivité détruisait les emplois, alors qu’on sait bien que c’est l’inverse qui se produit : si des emplois sont détruits ici et maintenant, d’autres sont créés, en plus grand nombre, dans d’autres secteurs.

Cette situation était politiquement exploitée, à l’extérieur des Etats-Unis par leurs adversaires traditionnels (le journal Le Monde s’en donnait à cœur joie) et à l’intérieur, pendant la campagne présidentielle, par les démocrates. Or, l’élection présidentielle ne se jouera pas seulement sur l’Irak, mais peut-être -et avant tout- sur la situation économique intérieure.

Voilà que, coup sur coup, les résultats de ces derniers mois en termes d’emplois sont excellents. L’Amérique a recommencé à créer des emplois. Depuis le début de l’année, l’Amérique a créé 1,2 millions d’emplois nouveaux, tous secteurs confondus. Pour le troisième mois consécutif, les résultats ont été supérieurs aux prévisions les plus optimistes. C’est ainsi qu’en mai, 248 000 postes nouveaux ont été créés (après 353 000 en mars et 345 000 en avril). Même l’industrie, qui, comme partout, est en déclin relatif (ce sont les services qui progressent le plus) a recommencé à créer des emplois : 32 000 de plus en mai, 29 000 en avril, 23 000 en mars. Ces chiffres, comme ceux des mois précédents, ont été révisés en hausse et ces créations dans l’industrie se produisent après 43 mois consécutifs de réduction des effectifs industriels.

La hausse de mai dans l’industrie est la plus forte depuis août 1998. Autre signe positif, la durée moyenne du travail hebdomadaire dans l’industrie est passée de 40,7 heures en avril à 41,1 heures en mai : on est loin de nos 35 heures et cet allongement de la durée du travail s’est accompagné de création d’emplois : exemple à méditer en France. Or tout cela s’est produit alors que la productivité progressait encore de 2,9% au premier trimestre et même de 5,9% dans les secteurs des biens durables. Preuve que les combinaisons malthusiennes ne fonctionnent pas et que seule une dynamique économique peut contribuer à la création d’emplois. Notons d’ailleurs que cette création massive d’emplois s’est faite au moment où l’emploi public reculait de 27 000 : autre illusion française qui s’envole. C’est lorsque l’emploi public diminue que l’emploi privé progresse beaucoup plus vite.

Certes, c’est dans les services que les créations d’emplois sont les plus importantes. Ceux-ci représentent d’ailleurs 80% du PIB américain, contre 18% pour l’industrie. Mais beaucoup d’Américains attachent encore une grande importance à ce développement industriel et l’évolution industrielle va jouer un rôle important dans les élections de plusieurs Etats clefs.

Résultat de cette évolution positive des créations d’emplois : le taux de chômage recule ; il est tombé à 5,6% de la population active (9,8% en France) et il devrait encore reculer dans les mois à venir. Il n’a pas plus baissé parce que la bonne situation du marché de l’emploi amène de nouvelles personnes sur le marché du travail.

Pour autant, tout n’est pas forcément rose dans la situation américaine, même si cette évolution  de l’emploi, après celle de la croissance, est déterminante. En effet, l’Amérique reste encore menacée économiquement par deux phénomènes : l’ampleur excessive des déficits (même si la forte reprise devrait entraîner  des rentrées fiscales) et surtout les risques de politique monétaire inappropriée de la part de la Banque centrale : il est question de relever bientôt les taux d’intérêt. Or les Etats-Unis ont besoin d’une politique monétaire stricte, pour éviter l’inflation, mais celle-ci passe par une maîtrise de la création monétaire et non par la manipulation keynésienne des taux d’intérêt. Il serait dommage qu’une politique monétaire conjoncturelle vienne détruire les effets des réformes de fond. 

Le 16 juin 2004

 
   

 

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