LE MODELE RHENAN DEVIENT LE MODELE ALLEMAND


Jacques Garello titrait son éditorial dans la dernière Lettre « L’impasse Européenne ». Son analyse pouvait passer pour pessimiste, surtout au moment où l’on ne parlait que d’un sursaut, d’un tournant historique. On a entendu des propos du genre « L’Europe a davantage progressé en quinze jours qu’en cinquante ans ».

Une semaine plus tard, il faut se rendre à l’évidence. L’euro n’inspire plus confiance du tout, et fait figure de « mauvaise monnaie » face aux autres monnaies, y compris le dollar qui n’est pourtant pas en très bonne santé. Mais surtout les discordances sont de plus en plus nombreuses et graves au sein de la zone euro, et même au sein de l’Union.

Jusqu’à présent on opposait le « modèle rhénan » au « modèle anglo-saxon ». Il y avait d’un côté les tenants d’une sociale démocratie où le social primait sur l’économique, d’autre part les inconditionnels de l’ultra-libéralisme, pour lesquels l’économique primait sur le social. Bien évidemment cette opposition était caricaturale, car nous savons bien à l’ALEPS que la Liberté Economique est étroitement associée au Progrès Social.

Mais on se plaisait à trouver de nombreux points de similitude entre Allemagne et France, deux pays acquis au modèle rhénan, surtout si on les comparait aux pays du capitalisme « sauvage » comme l’Angleterre ou les Etats Unis. Là encore il y avait quelque exagération, car en Allemagne les syndicats étaient réformistes alors qu’ils étaient révolutionnaires en France ; en Allemagne les socialistes affirmaient leur attachement au libre marché alors que les socialistes français rêvaient de renverser le système capitaliste ; en Allemagne la décentralisation était une réalité qui tranchait avec le jacobinisme français.

Toujours est-il qu’aujourd’hui la ligne de partage s’est déplacée, France et Allemagne ne jouent plus la même partition. Après que Madame Lagarde eût reproché à Madame Merkel son excès de rigueur, c’est Madame Merkel qui reproche aux Français et à quelques autres leur laxisme total. Elle n’entend pas laisser son pays s’engager dans une faillite collective, et sombrer avec l’euro. Pour elle, l’Europe traverse une « crise existentielle ». « Notre culture de stabilité a plus que fait ses preuves. Les règles ne doivent pas s’orienter sur les plus faibles, mais sur les plus forts ». Le choix est désormais entre le modèle grec et le modèle allemand.

Joignant le geste à la parole, la chancelière a renforcé le contrôle sur le système bancaire allemand, et interdit aux banques de son pays de refinancer des titres d’emprunt en euros. Elle demande aussi que soient supprimés ou réduits les droits de vote au sein de l’Union des pays qui laissent filer leurs déficits et leurs dettes. La tonalité des discours du Président de la Commission Manuel Barroso est la même, et le projet de contrôle a priori des budgets soumis aux divers parlements des pays membres de l’Union fait maintenant grand bruit.

La rupture est consommée entre les deux blocs européens, et elle n’est pas favorable à la cote de l’euro. A moins que la France et ses semblables ne se résolvent enfin à adopter le modèle allemand.

Le 26 Mai 2010

   
 
 
 

 

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