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EURO : LES LEÇONS DE LA LOI DE GRESHAM Pourquoi le « collage des monnaies » ne peut
marcher sans discipline budgétaire La loi de Gresham s’énonce ainsi : « la mauvaise monnaie chasse la bonne ». L’origine et l’historique de cette loi sont rappelés dans l’abécédaire économique de cette Lettre. Mais pour l’instant, donnons-lui une traduction simple : on ne peut créer un système monétaire, et a fortiori une monnaie commune, si les politiques budgétaires des divers pays concernés ne sont pas rigoureusement identiques. On prétend que l’euro a été créé pour des raisons de commodité, pour mettre tous les Européens à l’unisson. Sans doute l’euro facilite-t-il les choses aux touristes ou aux marchands. Il est simple de retirer de l’argent à n’importe quel distributeur de billets, et l’on n’a pas à craindre les aléas d’un taux de change fluctuant chaque jour ; les étiquettes sont comparables d’un pays à l’autre. Mais c’est oublier d’une part que tous les Européens n’ont pas adopté l’euro, qui ne concerne que seize pays sur 27 membres de l’Union. C’est oublier d’autre part qu’avant l’euro, et depuis l’euro, les gens savent très bien faire les calculs qui permettent d’exprimer la valeur d’une monnaie dans une autre, même si les taux de change sont quotidiennement variables. En réalité, l’euro a été créé pour des raisons économiques discutables et dans une optique politique contestable. La principale raison économique était, comme dans tout système monétaire, de disposer d’une monnaie à valeur certaine et stable, donc meilleur intermédiaire des échanges. Après l’effondrement du système de Bretton Woods, le monde entier a été soumis au régime des changes variables. La valeur de chaque monnaie varie chaque jour en fonction de l’offre et de la demande pour cette monnaie, la particularité du marché des changes étant que les cours sont toujours donnés par couples : franc contre dollar, franc contre yen, et dollar contre yen,etc. Voici maintenant le problème : si la gestion des monnaies en présence sur le marché des changes est à peu près la même, il n’y a pas de raison pour des fluctuations importantes des taux de change, de sorte que l’on a une stabilité généralisée, favorable aux échanges. En revanche, si un pays fait de l’inflation et un autre est rigoureux dans sa gestion monétaire, l’une des monnaies sera « faible » et l’autre « forte ». Ainsi, entre pays dont la monnaie est stable, les taux de change sont eux-mêmes stables, mais les taux de change sont erratiques entre monnaies instables. L’euro, il est vrai, avait pour nature de rendre impossible les divergences de politique monétaire, puisque les Etats abandonnent leur souveraineté monétaire entre les mains d’une Banque Centrale Européenne. Mais le problème n’est que déplacé, parce que les Etats gardent la maîtrise de la politique économique, en particulier de leurs finances publiques : politique budgétaire et fiscale. Les pères de l’euro avaient bien compris le mécanisme et ont très vite jumelé l’euro avec le pacte de stabilisation : les Etats s’engagent à avoir une politique économique du même style, excluant les déficits et les dettes excessives. Ce qui s’est passé pendant
dix ans c’est que les politiques des Etats ont été à peu près « du
même style » (qualifié à tort d’« ultra libéralisme »)
bien que Donc, ou bien les politiques économiques sont proches, et l’euro n’est pas nécessaire pour stabiliser les changes. L’euro est inutile. Ou bien les politiques divergent, et l’euro n’est plus un gage de stabilité et donne une prime à l’incurie des finances publiques. L’euro est nocif. Il est vrai que lorsque Jacques Delors réussit en 1985 à arracher à Margaret Thatcher le principe de l’Union Monétaire, inscrit dans l’Acte Unique, il entend promouvoir l’Europe politique, car il sait très bien que ce qui reste de la souveraineté budgétaire et fiscale des Etats de l’Union peut contrarier son projet de gouvernement économique centralisé. Aujourd’hui les menaces sur l’euro ont prouvé les réticences des Etats à passer la main à l’Europe. Ou bien les Etats se convertissent massivement à l’Européisme total, ou bien on reviendra à une concurrence monétaire, qui saurait mieux que l’euro obliger les Etats à être sérieux et s’engager dans la voie de la stabilisation. Le 20 Mai 2010
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