PAS DE PLACE POUR DEUX AU 10 DOWNING STREET


Les Anglais ont voté, et en masse, avec un taux de participation inhabituel. C’est dire qu’ils avaient non seulement un ras-le-bol de Gordon Brown et des travaillistes mais aussi un espoir dans les formules alternatives des conservateurs et des libéraux-démocrates. Il n’y a pas de discrédit global à l’encontre de la classe politique, simplement un désir de changement de politique.

Cela se traduit naturellement par une grande victoire des conservateurs, obtenant (d’après les chiffres connus à cette heure) environ 310 sièges à la Chambre des Communes, mais n’obtenant pas la majorité des sièges qui est de 326. S’agirait-il donc d’une victoire à la Pyrrhus ?

Arithmétiquement, c’est possible. L’alliance avec les libéraux-démocrates crédités d’une cinquantaine de sièges permettrait aux travaillistes de garder le pouvoir avec une majorité au Parlement. Mais politiquement les choses sont plus difficiles. Gordon Brown a dès les résultats des élections affirmé son désir de rester au 10 Downing Street, en qualité de leader du parti le plus important de l’alliance. Mais précisément, avant ces résultats, Nick Clegg, le chef du parti libéral-démocrate, avait précisé qu’il acceptait une alliance avec les travaillistes, mais pas avec Gordon Brown. Il exigerait d’être Premier Ministre alors que son parti ne détient que 10% des sièges (mais deux fois plus de voix). Clegg et Brown : il n’y pas place pour deux au 10 Downing Street.

La solution la plus démocratique, et conforme à la tradition britannique, sera donc un gouvernement Cameron sans majorité parlementaire. Sans doute pour la ligne de politique générale les libéraux-démocrates seront-ils obligés de suivre les conservateurs, puisque les électeurs en ont décidé ainsi. Mais pour voter des mesures plus précises, la majorité pourrait ne pas être atteinte par les conservateurs. Ce serait une nouvelle crise politique, et Cameron devrait remettre sa démission, invitant ainsi la Reine à provoquer de nouvelles élections dans des délais très brefs pour ne pas avoir de vacance du pouvoir dans une période de crise.

Ces jeux peuvent sembler sophistiqués à des Français. Ils sont pourtant conformes au vrai sens de la démocratie : la politique ne se définit pas par des tractations entre politiciens, mais ses choix sont tranchés par le peuple. Ce n’est pas encore la démocratie directe et référendaire des Suisses, mais c’est déjà mieux que le méli-mélo français auxquels assistent, impuissants, les électeurs français qui se demandent pour qui et pour quoi ils ont voté.

Le 12 Mai 2010

   
 
 
 

 

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