AVIS DE TEMPÊTE : CASSONS LE BAROMÈTRE

 

Haro sur les agences de notation : elles sèment la panique sans raison


De Dominique Strauss Khan à Christine Lagarde, ça n’a été qu’un cri après le « déclassement » de l’Etat espagnol : les agences de notation sont inconscientes, irresponsables et nocives.

Il faut bien reconnaître que le métier de « rating » est tout à fait particulier, et difficile à comprendre pour le commun des mortels. Mais nos deux éminents politiciens ne sont pas n’importe qui et s’ils sont furieux après Standard & Pool’s, c’est sans doute pour autre chose.

Commençons par comprendre ce qu’est une agence de notation. Il faut tout d’abord savoir que depuis quelques années, sur les 60 agences existantes elles ne sont plus que trois à opérer au niveau mondial : Moody’s, Standard & Pool’s et Fitch (qui est française !). Elles représentent 95% du marché. Car il s’agit d’un marché : les agences sont payées par les émetteurs de titres qu’elles ont à noter. Elles sont donc juges et parties ; financièrement elle dépendent des entreprises, banques, fonds ou Etats qu’elles sont chargées de noter. On peut s’en étonner. Mais que penserait-on d’une solution alternative qui consisterait à demander à ceux qui émettent des titres d’indiquer à la communauté financière internationale la valeur de leur propre signature ? En payant les agences, les émetteurs achètent une crédibilité qui passe en général pour au-dessus de tout soupçon. L’autre solution serait de demander aux financiers d’aller chercher eux-mêmes les informations sur la solvabilité des émetteurs, mais ce serait long et très coûteux ; ils s’en remettent donc aux agences.

Aussi bien le procès fait aux agences n’est-il pas celui de la malhonnêteté, mais de la possibilité d’erreurs qui proviennent non pas des émetteurs, mais de l’appréciation des risques encourus. Ainsi a-t-il été reproché aux agences d’avoir été en 2008 trop lentes à signaler la dégradation des comptes de certaines banques, ou les dangers de certaines catégories de titres, puis d’avoir révisé trop brutalement leurs notes à la baisse fin 2008.

L’honnêteté et la transparence du travail des agences sont, contrairement aux allégations courantes, étroitement surveillées. Pour exercer ce métier, il faut depuis 1975 être inscrit sur une liste tenue par la SEC (Commission des opérations de bourse de Wall Street) et avoir une reconnaissance officielle aux Etats-Unis (NSRO). Il est envisagé de faire de même pour l’Europe, mais le système n’est pas en place ; d’ailleurs 80% des notations se font aux USA.

Pourquoi ne pas placer les agences sous un contrôle public encore plus étroit ? D’une part on peut observer que les contrôleurs publics, comme la SEC américaine ou l’Autorité des Marchés Financiers française ont commis des erreurs au moins aussi graves que celles des agences (en fermant les yeux sur les subprimes par exemple). D’autre part la concurrence, même réduite actuellement à trois grands opérateurs, est efficace et aucune agence ne veut perdre sa crédibilité.

Enfin, il faut remarquer que les financiers qui reçoivent les notes ne sont pas pour autant dispensés de vigilance, ni de leur travail de sélection des risques pour lesquels ils sont rémunérés. On est toujours libre de tenir compte ou non des notes données par les agences.

Le 6 Mai 2010

   
 
 
 

 

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