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VEILLÉE D’ARMES EN GRANDE BRETAGNE Elections générales en Grande Bretagne : vers un
gouvernement de coalition ? Jeudi prochain 6 mai, les
électeurs anglais sont conviés aux urnes. Compte tenu des sondages et
des candidatures en présence, l’incertitude la plus totale règne actuellement.
Quel sera le futur gouvernement, et quelle politique mènera-t-il ?
Les conservateurs auront-ils une majorité à Tout a commencé avec la spectaculaire poussée du parti libéral démocrate animée par Nick Clegg. En Angleterre, depuis l’avènement du parlementarisme, ce sont deux partis qui se sont opposés : les whigs et les torries pendant plus d’un siècle, puis avec l’apparition du labour, parti des syndicats, les conservateurs (héritiers à peu près des whigs) et les travaillistes (labour). Le bipartisme a ses inconvénients (il ne fait pas dans la nuance, et certains courants d’opinion ne sont pas représentés) et ses avantages (on connaît à l’avance la composition du « shadow cabinet » et les positions du prochain gouvernement). Le bipartisme a été largement provoqué par le mode de scrutin (uninominal à un tour) qui exclut toute alliance, tout désistement. Héritier des torries, le parti libéral avait disparu de la scène politique anglaise après la première guerre mondiale, le dernier Premier Ministre libéral ayant été Lloyd George en 1922. Les libéraux avaient été pris en sandwich entre conservateurs et travaillistes en plein essor. Or, voilà qu’à l’occasion des dernières consultations électorales, le parti libéral, devenu entre temps libéral-démocrate, a refait surface. Aujourd’hui Nick Clegg et ses amis sont crédités dans les sondages de 28% des intentions de vote, légèrement au-dessus des travaillistes de Gordon Brown, tandis que les conservateurs de David Cameron caracolent en tête avec 36%. Le succès des nouveaux venus tient sans doute à la méfiance croissante des électeurs anglais à l’égard des partis qui se sont partagés le pouvoir depuis des décennies. La personnalité de Nick Clegg, jeune, orateur de talent (il a été le plus brillant dans le premier débat télévisé qui a confronté les trois hommes) y est aussi pour beaucoup. Mais tout cela ne fait guère un programme, ni un gouvernement, de telle sorte qu’en cas de défaite (relative) du parti conservateur, Nick Glegg serait tenté d’aller soit vers la droite (en rejoignant un gouvernement Cameron), .soit vers la gauche (en revendiquant la tête de la coalition car plus personne ne veut de Gordon Brown au 10 Dawning Street). Le parti conservateur aura-t-il assez de sièges pour gouverner seul ? Les sondages ne tiennent pas compte du découpage électoral. Les circonscriptions perdues par les conservateurs au cours des derniers scrutins sont presque toutes en voie d’être reconquises, et il y aura sûrement un écart important entre le nombre de voix et le nombre de sièges. Même en cas de cavalier seul des conservateurs, la ligne politique du futur gouvernement anglais n’est pas aussi claire que du temps de Margaret Thatcher. La « dame de fer » avait un programme libéral bien conçu, et elle avait le tempérament voulu pour changer profondément son pays – en pleine dérive en 1979. Ce n’est pas le cas avec
David Cameron, car le parti conservateur souffre de divisions internes.
David Cameron passe pour un eurosceptique ; aux côtés de Vaclav
Klaus, il avait tout fait pour inciter les Irlandais à voter contre
le traité de Lisbonne. Irait-il jusqu’à revenir sur le vote du Parlement ?
Certains conservateurs le souhaitent, et tirent argument de la débâcle
financière et diplomatique de l’Union Européenne, alors que la souveraineté
de En matière de politique intérieure, David Cameron est un inconditionnel du National Health Service, alors que de nombreux conservateurs veulent en finir avec l’assurance maladie publique, qui a débouché sur une médecine réellement à deux vitesses. En revanche, il est des domaines où David Cameron est plus traditionnel : l’école (il est un ardent défenseur de l’école privée et de la concurrence scolaire), la morale (opposé à l’avortement et à l’euthanasie), la famille (bien qu’il se soit prononcé en faveur du mariage gay). Enfin, c’est surtout dans la politique économique, fiscale et sociale que David Cameron est très hésitant : il ne veut pas augmenter les impôts, mais est assez favorable à la progressivité, il est soucieux de l’équilibre budgétaire mais envisage une relance des investissements publics. Ainsi, à l’incertitude du scrutin s’ajoute l’incertitude de la future politique britannique. C’est le propre des veillées d’armes : l’issue de la bataille est toujours en balance. Le 6 Mai 2010
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